Recommander

Référencé par








referencement




Référencé par Blogtrafic

Mercredi 18 octobre 2006 3 18 /10 /Oct /2006 02:27

Le truc intrigant, lorsque l'on débute dans la réalisation et qu'on se décide enfin à travailler avec de vrais acteurs (je veux dire des professionnels, des personnes dont c'est le métier, pas des acteurs amateurs qui se mettent devant la caméra juste pour faire plaisir aux types dans mon genre), c'est le flot de questions qui sort de la bouche des acteurs professionnels en question, lorsqu'il s'agit de jouer la moindre action à l'écran.

Pour caricaturer un peu, ça donne : "Ok John, alors tu rentres dans la pièce tu allumes une clope et tu ranges le briquet dans ta poche, ok ? Moteur... action !"
Et là John, perplexe, demande invariablement : "d'où vient mon personnage ? Que vient-il de faire ? Est-il calme ? Est-il fatigué ? reposé ? Essouflé ?  Sort-il de la douche ? Vient-il de mater un DVD ? De discuter avec des potes ? A t-il perdu son job le jour même ? A t-il été promu ? S'est-il fait larguer par sa petite copine ? A t-il un caillou dans sa chaussure ? Désire t-il arrêter de fumer ? A t-il des hémorroïdes ? A t-il déjà mangé ? A t-il faim ?" etc, etc, etc...

J'exagère un brin, mais à peu de choses près ça ressemble à ça.


La première fois, ça fait forcément bizarre. C'est même un peu stressant. Surtout lorsqu'on vient de galérer 2h et demie à installer un éclairage décent, qu'on s'est rappelé qu'on a oublié bêtement de recharger la 2e batterie, tout comme on a oublié la vis qui sert à fixer le camescope sur le steady tracker (véridique), et qu'il va falloir tourner très vite et à l'arrache.
Du coup, on se dit "mais pourquoi John ne prend t-il pas simplement ce putain de paquet et ne s'allume t-il pas une clope comme tout le monde, bordel ??".
Puis, étant donné qu'on essaye tant bien que mal d'être un réalisateur "humain" et sympathique, on inspire un bon coup avant de prendre un ton faussement amical et baragouiner vite fait 2- 3 explications foireuses : "Ben t'es cool, t'es relax, t'es chez toi, il fait bon, tu t'allumes une clope et voilà..."







Et John d'enchaîner : "Oui mais c'est quoi l'intention ? Je fais quoi après ? Je m'assois sur le divan ? Je sors retrouver  des amis ? je me mate un DVD ? Je surfe sur Internet ? Je passe un coup de téléphone ?".

C'est généralement à cet instant qu'on se dit que les comédiens sont chiants et pointilleux, qu'ils freinent notre énergie créatrice, qu'on les déteste tous et que de toute façon, le film sera nul, que ça marchera jamais, qu'on ferait mieux de retourner vendre des figues pas mûres sur le marché le dimanche matin, que la carrière de réalisateur, c'est pas pour nous, patatati, patata...
Et 5 mn plus tard, on se retrouve à dire "moteur... action !".

Ah, la magie du cinéma.


Si je raconte tout ça, c'est parce que pas plus tard qu'hier soir, j'ai fait une apparition dans la dernière réalisation de Gildas Le Goff alias Mitchoum Productions.
Gildas tourne actuellement la bande annonce d'un film fictif, qui met en scène Aurèle, Columboy et monsieur Poulpe. Et moi.
J'y fais une apparition toute simple, pas de texte ni rien, juste 2 plans. Un où je tapote sur le clavier d'un ordinateur portable. Un autre où j'ouvre la porte d'un appartement (le mien dans le film) et je tombe sur 2 flics en civil (Seb et Jean), dont je ne sais pas qu'ils sont policiers.

Et, je vous le donne en mille, lorsque Gildas m'a demandé de venir ouvrir la porte, qu'est-ce que j'ai fait ?
.
.
.
.


Ben j'ai fait mon "John" : je l'ai noyé sous un flot de questions.
"Ok, j'ouvre la porte, mais je fais quoi ? Je suis étonné ? Je flippe ? Circonspect ? Je leur parle ? Je demande qui c'est ?"

- "Nan, tu ouvres la porte comme tu le ferais dans la vie."

- "Ok, mais dans la vie je demanderais qui c'est avant d'ouvrir..."

- "Là tu demandes pas, tu ouvres la porte et tu les regardes..."

- "Bon, ok, mais faudrait que je sache ce que je viens de faire ? Je sors de la douche ? Je viens de manger ? De mater un DVD ?" 

J'étais en train de faire exactement la même chose que les acteurs qui me faisaient stresser à mes premiers débuts. Essayez de faire une action simple devant une caméra, vous comprendrez de quoi je veux parler. Dès lors qu'on essaye de rendre la scène un tant soit peu crédible, il faut y mettre une intention. On est obligé de "construire" un minimum l'état psychologique du personnage.
Sinon, on a le sentiment de faire du mime.
Trouver l'intention qui nous paraitra juste n'est pas chose facile.
On se pose alors tout un tas de questions.... dont on fait légitimement part au réalisateur.
Dont acte.




Bref, si faire une apparition dans le film de Gildas m'a bien amusé,  cela m'a surtout permis de me mettre, l'espace de quelques instants, dans la peau d'un acteur en demande d'informations sur un tournage.
Et de comprendre pourquoi je dois répondre à autant de questions à chaque fois que je filme un(e) comédien(ne).
C'est une expérience est très intéressante à vivre. 

Je comprends maintenant un peu mieux pourquoi tous les bons ouvrages consacrés à la direction d'acteurs disent que la première chose à faire, c'est de s'inscrire à un cours de théâtre.
Effectivement : pour bien comprendre les acteurs, quel autre moyen que d'en être un (même modeste) soi-même ?

Faire ou ne pas faire de théâtre ?
Il faut que j'y réfléchisse...


P.S. merci à Bruno pour les photos (et pour l'appart' !)

Par Gilles Guerraz - Publié dans : Discussions
Ecrire un commentaire - Voir les 12 commentaires
Retour à l'accueil

Images aléatoires

Recherche

W3C

  • Flux RSS des articles

Calendrier

Février 2012
L M M J V S D
    1 2 3 4 5
6 7 8 9 10 11 12
13 14 15 16 17 18 19
20 21 22 23 24 25 26
27 28 29        
<< < > >>
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés