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"La vie est remplie de coïncidences..."
Cet affreux lieu commun a pris du sens mercredi dernier.
Alors que je reviens à plat ventre d'une session de basket qui m'a laissé sur les rotules, je passe devant un café, du côté du métro Saint Paul, dans le marais.
Je jette mécaniquement un regard dans le bar et j'aperçois un groupe de personnes.
Parmi elles, un jeune homme coiffé d'une casquette, qui porte une barbe de 3 jours. Son visage me rappelle étonnamment quelqu'un...
D'un coup, BIM, le flash !
Les bonus du DVD "Au petit matin", ceux de "Fotografik" ! Il semble s'agir de Xavier Gens, le réalisateur de ces deux court-métrages.
Fidèle à mes habitudes, je rentre dans le café, m'excuse poliment auprès du groupe et interpelle le jeune homme en question :
- "Ne seriez vous pas Xavier Gens par hasard ?"
- "oui, c'est moi", me répond-il, souriant.
J'enchaîne en lui expliquant tout le bien que je pense de son travail ("j'adooooore ce que vous faites"), que j'ai vu et apprécié "Au petit matin" et "Fotografik", et lui demande des nouvelles de son premier long-métrage "Frontières" actuellement en post production.
Il me répond de très bonne grâce, et, ne voulant pas trop l'éloigner de ses amis, je lui parle de ce blog et lui demande s'il serait éventuellement d'accord, si son emploi du temps le lui permet, pour répondre à une interview.
Il est OK, me donne son adresse mail.
Je lui écris, il me fixe rendez-vous dans le studio où il supervise le montage et la post-production de "Frontières" mercredi 6 septembre, 18h.
Avant de lancer l'interview, j'aimerais dire un petit mot sur le travail de Xavier Gens.
Depuis l'an 2000, Xavier a réalisé 3 court-métrages, dont 2 sont disponibles à la vente : "Au petit Matin", avec Aurélien Wiik et Estelle Lefébure et "Fotografik", avec Manuel Blanc, Zoé Félix, Maud Forget et la trop rare Gabrielle Lazure.
"Fotografik" fait partie d'une série intitulée "Sable Noir", diffusée au mois de mars dernier sur Canal Jimmy et CineCinema Frissons.
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Je ne saurais que trop vous recommander de visionner "Au petit matin" et "Fotografik", qui valent la peine d'être découverts.
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1 - Bonjour Xavier Gens, comme j'ai révisé avant de venir, ( principalement sur l'excellent site du sieur Kitano Jackson, que je salue au passage), j'ai glané 2 infos capitales pour le début de cet interview :
a - Tu es né à Dunkerque en 1975
b- Tu as bossé avec Tsui Hark sur « Double Team », le film avec Dennis Rodman et Jean Claude Van-Damme. Et je me suis même laissé dire que tu aurais travaillé avec Ringo Lam.
C'est tout à fait énorme, mais avant j'aimerais te demander ce que tu as fait entre temps (études, parcours, ...)
Quand j'étais plus jeune, je faisais beaucoup de dessin, de la BD , avant de m'intéresser à la photo, puis à la vidéo.
J'ai commencé à louer des petits camescopes Hi-8 et à faire des films le week end avec des potes. Après, Je me suis acheté une caméra VHS, avec laquelle on a fait 5 courts-métrages, de 16 à 18-19 ans, avec les copains dans le sud de la France. C 'était des films de vampires, de morts-vivants.
On a réalisé ensuite un film un peu plus abouti, qu'on a essayé d'emmener à Cannes. On s'est fait défoncer par les pros qui l'ont vu, parce qu'on empiétait sur leur marché.
A partir de là j'ai compris qu'il fallait que je commence comme technicien, pour bien apprendre le métier, en gardant l'idée en tête de revenir un jour à la réalisation.
J'ai bossé sur plein de court-métrages de fin d'année d'étudiants de l'ESRA. Moi je ne pouvais pas entrer à l'ESRA, ça coûtait trop cher. Alors je m'incrustais sur leurs films en tant que stagiaire, je faisais les cafés, tous ces trucs là, mais ça me permettait d'apprendre.
Après j'ai eu l'occasion de travailler comme stagiaire mise en scène sur un film d'Emmanuel Finkiel, qui s'appelait « Madame Jacques sur la croisette », un moyen métrage de 40mn, qui a obtenu un César 2 ans après.
Ce qui était intéressant dans le fait de travailler avec Finkiel, qui a été assistant réalisateur de Kieslowski, c'était de voir son approche de la mise en scène, très stricte, très rigide, plus proche du cinéma d'auteur que du cinéma de genre que je pouvais apprécier.
En même temps je trouvais intéressant de voir la manière dont il dirigeait ses comédiens, dont il agençait ses cadres, tout ça.
Derrière ça, j'ai continué à faire des courts-métrages amateurs dans des formats un peu plus « pro » : bêta, bêtanum,' jusqu'au jour où j'ai eu l'occasion de travailler sur « Risque Maximum », « Double Team », puis « RPM » de Ian Sharp, qui est le réalisateur seconde équipe de « Goldeneye ». J'ai aussi bossé sur « Ronin » de Frankenheimer, « La Bossue » de Philippe de Broca, etc...
Tout ça m'a permis d'enrichir mes expériences de plateau, de voir plein de choses, plein de techniques différentes. J'ai alors tourné un court métrage autoproduit, qui s'appelait « Born to Kast », qui m'a permis de faire des clips avec Bull Ring.
J’ai ensuite travaillé en pub, en tant que régisseur général et premier assistant, où j’ai rencontré « BR Films » (La boite de prod de son long métrage. NdA) qui s’appelait à l’époque "Bull Ring".
Au bout de 3 ans et demi de clips, j'ai décidé de faire un court plus abouti. C'est là que j'ai fait « Au petit Matin », qui m'a permis de faire « Fotografik », qui me permet aujourd'hui de faire « Frontières ».
2 - Dans l'excellent bouquin de Laurent Tirard intitulé « Leçons de cinéma 2» (que tu as peut-être lu), Milos Forman dit qu'il existe 2 approches de la mise en scène.
D'un côté, il y a ceux qui ont été inspirés par la Grand cinéma (...) et se sont dit « je veux faire la même chose.
D'un autre côté, il y a ceux qui décident de faire des films en réaction contre le "mauvais cinéma ».
Comment t'es venue l'envie de devenir réalisateur ?
C'est plus par envie, que par réaction, que je suis arrivé à faire des films. Le cinéma, c'est un peu mon moteur depuis que j'ai 10-12 ans.
Au point de me retrouver à bâcler des années scolaires pour faire des films amateurs qui ne te mèneront nulle part, mais qui d'une certaine manière te forgent une personnalité, une identité. Pour moi, ce n'était pas qu'une lubie d'adolescent que de faire ça.
A chaque fois que je terminais un court, il fallait que j'en enchaîne un autre, c'était une espèce de soif.
Je me faisais un peu chier à l'école, et il n'y a avait rien qui me faisait vibrer davantage que ce que j'arrivais à apprendre sur les tournages avec mes portes, à essayer de trouver des focales, créer des cadres, avec les moyens qu'on avait , c'est-à-dire que dalle.
En me frottant ensuite au milieu professionnel, et en acceptant leurs critiques, j'ai pris conscience que je devais apprendre la technique, les cadres, toute la théorie, pour ensuite la remettre en pratique en faisant ce que j'aime.
J'ai donc commencé par assouvir ma passion, qui est le genre, avant d'apprendre la théorie auprès de personnes qui n'ont rien à voir avec le « genre », pour finalement y revenir 5 ans plus tard.
J'ai donc fait un grand écart entre ma réelle envie d'adolescent, qui est quelque chose qui me parle au plus profond de moi, et la réalité qui t'oblige à faire tes classes sur d'autres plateaux pour apprendre le métier.
Ensuite j'y suis revenu et aujourd'hui, je fais ce que j'aime.
3 – Quand j’étais gosse, j’ai pris quelques énormes claques au cinéma. Je me rappelle en vrac du « Parrain 1 et 2 », de « Il était une fois dans l’ouest », de « Terminator », De « Superman », de « Indiana Jones », « Voyage au bout de l’enfer », etc…
Tous ces films m’ont profondément marqué et ont, quelque part, façonné ma conception du cinéma.
Quelles ont été tes « claques » de jeunesse et quels sont les films et réalisateurs qui ont eu de l’impact sur toi et dont tu estimes qu’ils influencent ton travail aujourd’hui ?
Les films qui m’ont marqué, c’est les films de Carpenter, Conan Le Barbare, les Dents de la Mer, les Spielberg des années 80, les Zemeckis, les Scorsese, les Coppola, tout le nouvel Hollywood.
Après, je me suis pris une grosse claque par les Evil Dead de Sam Raimi, et les premiers films de Peter Jackson : « Brain dead », « Bad Taste », « The Feebles » et tout ça.
C’est ça qui m’a donné envie de faire du cinéma de genre, un peu gore, mais avec du fond, comme ils le faisaient eux.
Les grosses claques que je me suis prises ensuite, c’est Verhoeven avec « Robocop », Mc Tiernan avec « Predator », un de ses chefs-d’œuvre.
Je n’ai jamais été très impressionné par James Cameron, même si je respecte tous ses films. Il y a quelque chose chez Verhoeven qui m’a toujours plus pris aux tripes que dans le cinéma de Cameron.
Dernièrement, ce serait plutôt Aronofsky avec « Requiem for a Dream » et Innaritu avec « Amours chiennes ».
4 - Comment as-tu eu l'opportunité de travailler avec des mythes vivants tels que Tsui Hark ou Ringo Lam ?
J'habitais à l'époque dans le sud de la France.
Un jour, l'équipe de « Risque Maximum » est arrivée pour tourner, et ils cherchaient ce qu'on appelle des « production assistants » (le type qui bloque les portes, etc...). Comme je connaissais un des régisseurs qui bossait sur le film, il m'a fait rentrer et je me suis retrouvé à organiser toutes les personnes qui allaient bloquer les intersections.
Mine de rien, c'est un élément important dans la mise en scène du film, surtout dans le cas de scènes assez ambitieuses comme la poursuite en triporteur au début du film.
Et si tu t'intéresses un peu à ce qui se passe, tu peux te rapprocher un maximum de Ringo Lam pour voir sa manière de travailler.
6 mois plus tard, Tsui Hark est venu tourner des scènes de "Double Team" dans le sud de la France, et on a été pris sur le film, comme ça s'était passé pour "Risque Maximum".
Quand tu travailles avec une prod américaine, tu es obligé d’être super organisé, car il y a beaucoup d’enjeux autour du tournage. Le moindre comédien a une durée de tournage très précis, il ne peut pas y avoir beaucoup de débordements.
J’ai mis mes économies sur la table, 30 000 balles. Il a mis 30 000 francs lui aussi, et mon frère a complété le budget avec une dizaine de milliers de francs. On s’est retrouvé avec un budget de 70 000. Vu qu’à l’époque je faisais pas mal de régie, je suis allé voir les loueurs que je connaissais pour leur demander s’ils pouvaient nous prêter des caméras. Je voulais absolument tourner en 35, car à l’époque la vidéo n’était autant démocratisée qu’aujourd’hui. Si tu voulais participer à des festivals, il fallait forcément tourner en 35mm. | Février 2012 | ||||||||||
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