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Bienvenue sur le blog  d'un jeune réalisateur...

Réflexions, récits de tournages, errances, questionnements et réalisations.

 

Mardi 6 octobre 2009 2 06 /10 /2009 10:21


Comme chaque année depuis 2006, je n'ai pu résister aux sirènes du 48 hour film project.
J'avais initialement prévu de réunir deux acteurs de grand talent : Vincent Londez et Julien Béramis.
Julien étant retenu sur la préparation d'un long métrage (avec tout le succès que je lui souhaite pour ce projet), j'ai donc entamé la préparation avec Vincent.
Une prépa très intense qui s'est résumée à parler poker, boire des coups et à envisager un casting féminin.
Vincent m'a alors soufflé le nom de Sarah Suco, comédienne que j'avais aperçu dans ce film du 48h project lors de l'édition 2008, où elle interprétait le personnage d'Aglaë.

 




Une fois l'accord de Sarah obtenu, j'ai constitué le reste de l'équipe, et en avant pour le cru 2009 du 48h film project.
Cette année, les 74 équipes participantes avaient rendez vous dans les locaux du cours Florent, dans le 19e arrondissement de Paris.
En tant que vieux briscard de l'exercice (c'est ma 5e participation cette année), j'étais assez confiant à priori. Sur les 14 genres proposés au tirage au sort :
    * Comédie
    * Comédie Musicale ou Western
    * Drame
    * Fantastique
    * Faux documentaire
    * Film de Femme
    * Film de pote
    * Film des Vacances
    * Horreur
    * Policier
    * Romance
    * Science-Fiction
    * Super héros
    * Thriller-Suspense

je tenais absolument à en éviter deux : film de vacances et film de femme.

Le film de vacances, même s'il aurait pu être intéressant à traiter sous l'angle du film catastrophe, aurait presque obligatoirement nécessité le recours à un camescope grand public. Ce qui m'aurait contraint, la mort dans l'âme, à ne pas utiliser les deux Canon 5d Mark II que je m'étais fait prêter pour l'occasion.



 Quant au film de femme, j'étais embêté par le fait qu'il ne s'agit pas d'un genre à proprement parler. Autant, "comédie", "policier", "horreur", je vois ce que c'est, autant,  la terminologie "film de femme" me laisse perplexe.
Faut-il faire un film à sensibilité féminine ? SI tant est qu'on puisse affirmer qu'il existe UNE sensibilité féminine, devrais-je aller du côté de Sofia Coppola, ou de celui de Katryn Bigelow ? Hein ?
Ou alors faut-il avoir un protagoniste de sexe féminin ? Auquel cas, le film de femme apparait davantage comme une "contrainte" (comprendre un "élément imposé") que comme un genre en tant que tel.

Lost in translation, My Bluberry nights, Tomb Raider, Amélie Poulain, Alien... que des films de femmes en somme.

A contrario, j'étais plutôt partant pour "policier", "comédie", "drame", "horreur", "fantastique", "romance", "science fiction", "thriller", western-comédie musicale" et "super-héros", "faux documentaire", voire "film de potes".

La bonne nouvelle c'est que 12 genres sur 14 me convenaient très bien, un bon ratio.

J'ai tout juste le temps de saluer 2-3 connaissances (parmi lesquelles Bruno Detante et Laurent Ferrière, des habitués de la section "commentaires" de ce blog) que le tirage au sort commence.
Groupe A, ok.
Groupe B, ok.
Groupe C, c'est nous.
Les gars vont tirer leur genre un par un, et les lisent à haute voix.
"Policier"...
"Super héros"...
"Thriller - suspense"...
"Drame"...
"Romance"...
"Fantastique"...

- zut...

"comédie"...
"science fiction"...

- bon, je passe quand moi ?

Ah ? C'est à moi.
Je m'approche du chapeau, en tâte le fond du bout des doigts, saisit un morceau de papier que je porte à mes yeux et sur lequel 3 mots sont écrits : "film de femmes".
Je relis pour être sûr.
"Film de femmes".
Merde.
Immédiatement, je pense au joker.
Le joker permet d'abandonner le genre que l'on vient de tirer et de tirer un autre genre parmi une liste de 6 :

    * Un conte-une fable
    * Film d’arts martiaux
    * Film de famille
    * Film de fantôme
    * Film historique
    * Film muet
    * Tragédie

Réfléchissons...

Conte-fable, ça me plaît bien.
Arts martiaux, pas trop.
Film de famille, c'est assez contraignant, surtout au niveau du casting sur un projet aussi court.
Film de fantôme, bof bof, c'est un sous-genre du film fantastique, c'est super codifié... bof bof.
Film historique, mouais. Paye tes costumes et tes décors...
Film muet, j'ai déjà donné en 2006 avec migraine.
Tragédie, why not ?

Ce qui nous donne 2 genres intéressants sur 6.
J'avais clairement toutes les chances de mal tomber.
Auquel cas la question est : "est-ce que je préfère faire un "film de femmes"  ou est-ce que je préfère prendre le risque de me palucher un film de kung fu ou une histoire de fantômes... ?

J'ai tranché en gardant mon film de femmes.

Nous commençons à brainstormer dès le chemin du retour avec Vincent, et nous tombons d'accord sur le fait que nous voulons éviter l'écueil du cliché.
Exit le film de copines qui refont le monde à 3h du mat'.
Exit les gonzesses qui cassent des gueules et balancent des vannes à la Tarantino.
Exit le film mièvre de love story au sirop grenadine aromatisé à la guimauve.

Nous partons assez rapidement sur la piste de la mysandrie. On se dit que quitte à faire un film "de femme", pourquoi ne pas prendre le contrepied de la contrainte et créer un personnage de femme qui déteste les hommes.
Ça pourrait être rigolo...



Romain Clément, ami réalisateur et scénariste, nous rejoint à la maison pour continuer le brainstorming. Personne ne se censure, les idées fusent. On ira même jusqu'à parler d'hommes enceints, de personnages hermaphrodites, de shooter des courses poursuites en bagnoles avec des femmes enceintes, bref, du "tout et n'importe quoi" en règle,. Nous aboutissons finalement à notre idée de personnage qui donne sa recette pour se débarrasser des hommes trop collants.

Vincent se colle à l'écriture proprement dite, nous pond quelques répliques qui font mouche et nous allons tous au dodo vers 1h30 du matin.



A 8h30 le lendemain matin, l'équipe est sur le pied de guerre dans l'appartement de Laure, mon assistante réal. Son salon est en vrac et sa chambre ressemble à Kaboul sous les bombes.
Vive les tournages.
Sarah est déjà là, elle se fait maquiller. Nous installons le décor, et commençons à faire joujou avec les 5d Mark II. On dira ce qu'on voudra, l'image produite est assez renversante de beauté et fait cohabiter des détails d'un piqué assez ahurissant avec des arrières plans d'un flou (le fameux "bokeh", spéciale dédicace Benoit) très doux, dans un ensemble très esthétique.
Benoit, mon directeur photo, trouve que l'image "pique" trop. Il la trouve trop nette, trop détaillée par endroits.
Pour ma part, j'aime ce piqué qui à mes yeux, donne tout son sens à la Haute Définition.

Nous tournons des plans calmes en intérieur jour, Sarah est à son bureau, elle écrit.
Puis nous tournons 2 - 3 plans plus dynamiques, des mises en situation.
Dès la première prise, je suis pris d'un fou rire qui ne s'arrêtera pas. Je suis obligé de déléguer le cadre, tellement mes hoquets de rire me donnent la bougeotte.



A priori, c'est bon signe, d'autant plus que la scène qui m'a tant fait rigoler sera au montage final.
On enquille la suite des opérations, à peu près une trentaine de plans tournés entre Ourcq et Botzaris, dans le 19e arrondissement.



Le tournage se déroule sans accrocs, grâce à l'abattage de toute l'équipe.  ,Mention spéciale à Tiffany Fouqueil qui maquille, démaquille, coiffe et recoiffe Sarah de sorte à la rendre différente pour chaque nouvelle séquence. De l'excellent travail.
Globalement, on n'a pas eu de galère technique, pas de mauvaise surprise, pas de contre temps, Sarah assure dès la première prise... Rien de savoureux à raconter : tout s'est très bien passé.
Nous terminons la journée de tournage à 21h chez Sarah, où nous shootons un intérieur nuit et nous enregistrons la voix off.


J'arrive chez moi vers 0h30, accompagné de Vincent londez, venu dérusher avec moi.
Mon PC portable est toujours en train de pédaler pour convertir les rushes du 5D Mark II.

Il se trouve que mon logiciel de montage, Adobe premiere Pro pour ne pas le nommer, n'aime pas du tout les fichiers .mov générés par le 5D. Il "freeze" régulièrement et finit par planter.
Je suis donc contraint de transcoder l'ensemble des rushes avec deux avantages :
- Premiere va les monter sans sourciller
- je convertis le 30 images par seconde natif en 25P, à moi le ciné look.

Par contre, le gros désavantage, c'est que ça prend des plombes.
Un rapide calcul mental m'indique que mon ordi va pédaler jusqu'à 8h du matin.
Dans un contexte normal, ç'eut été parfait.
Seulement là, dans un 48 heures project, c'est tout simplement pas possible.
J'arrête la session d'encodage, et repasse tous mes rushes en revue pour faire une première sélection. Je vire une dizaine de segments que je n'utiliserai pas, et répartis l'encodage entre deux ordinateurs, un fixe et un portable.
Il est 2h30 du matin, je vais me coucher en réglant mon réveil à 5h du matin.
Sur le canapé, Vincent dort comme un bébé depuis une bonne demi heure déjà.

5h du matin, mon réveil sonne, je l'éteins et...
ZZZZZzzzzzzz....
Je me réveille.
Il est 7h26.
Damned !!
J'ai dormi comme un sagouin.
Léger stress au réveil.
Je dois rendre le film dans 12h et, concrètement, je n'ai pas encore commencer à monter.
Je check les deux ordis : les encodages sont terminés, excellente nouvelle.
J'avale un café, puis un deuxième et je suis prêt à démarrer.



Nous commençons par sélectionner les prises, et je les classe pour m'y retrouver.
Une fois ce travail effectué, je pose la voix off dans la time line. C'est elle qui va servir de guide à mon montage. Je n'aurai ensuite plus qu'à "remplir des cases".

Le travail s'avère malgré tout fastidieux, comme tout montage qui se respecte. Par contre, j'aime le fait que le manque de temps oblige à travailler à l'instinct.
A l'inverse, une approche d'exhaustivité sera recommandée sur un projet aux délais plus longs.
On essaye ci et ça, on voit si ça marche. Si ça marche, on modifie encore pour voir si ça ne fonctionnerait pas encore mieux, etc...
Au 48H film Project, rien de tout ça.
On zieute les rushes, on cherche un plan à raccorder et instinctivement, on sait que sera tel ou tel plan, et pas un autre.
On intellectualise beaucoup moins le processus de montage, on marche sur un fil assez ténu. La frontière entre le "très réussi" et le "pas terrible" n'est pas toujours très large...


Avec Vincent, nous nous tapons des fous rires en montant quelques scènes, dont celle, très régressive, du prout.
Le prout ayant été bruité (à la bouche !) la veille, nous nous lançons dans un grand dérushage de prouts.
Plus nous cherchons, plus nous intellectualisons le processus ("j'en verrai bien un ascendant là !", "nan, il en faut un circonflexe !", "un double !", "un plus lent", etc...), plus nous rions de notre bêtise, comme des sales gosses un jour d'école buissonnière.

Faire des films, c'est parfois très rigolo.
 
Finalement, j'avance plus vite que prévu et vers 16h, je commence à me détendre, le montage est quasi terminé. J'essaye de bidouiller le son, pas toujours au top, particulièrement la voix off, qui sonne un peu "voilée" à mon goût. J'exporte la piste son, envoie le fichier à l'ingé son pour qu'il m'arrange un peu l'affaire.
Entre temps, je fignole.



Un générique de fin par ci, un peu d'étalonnage par là, un peu de titrage pour finir et zou ! J'intègre le son remasterié que l'ingé son m'envoie à 17h30.
Je fais quelques ajustements et je lance mon export à 18h20.
Un peu trop tard.
Je suis les indications données par les organisateurs et lance un encodage en .mov.
Sauf que Adobe Media Encoder m'annonce...1h40 de traitement !
No way, je dois rendre le film à 19h30 coûte que coûte.
Je stoppe net l'encodage et bascule vers un bon vieux H264, qui ne mettra que 20 minutes.
Je grave un CD rom, et je décolle de chez moi à 19h (chauuud), juste le temps pour courir jusqu'au métro, courir dans les couloirs, trotter jusqu'au Delaville Café où je dépose mon film à 19h27.


L'année prochaine, c'est décidé, je lance mon export à 17h30 pétantes.


Trève de balivernes, voici "Playgirl", notre film fait en 48 heures cette année.
WARNING !
La crudité de certains dialogues pourrait choquer les oreilles les plus chastes.
Couchez les enfants, mettez les grands parents devant l'intégrale DVD de "Derrick" et branchez le casque de votre ordinateur.

C'est parti.




Par Gilz - Publié dans : Film
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