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Bienvenue sur le blog  d'un jeune réalisateur...

Réflexions, récits de tournages, errances, questionnements et réalisations.

 

Lundi 6 juillet 2009 1 06 /07 /2009 13:34
« Ah, c’est quand même bien une bonne journée de tournage », voilà ce que je me suis dit, en substance, à l’issue de la journée de samedi.
Be kind, rewind, on rembobine et on raconte depuis le début.
Vu le morceau à clipper, un titre salsa Rn’B assez dansant que d’aucuns qualifieront, à raison, de « très commercial », je désirais éviter autant que possible les clichés que peut potentiellement inspirer ce style de musique.
Ouste les boîtes de nuits habituelles avec brochettes de nanas sur le dance floor et chanteur assis à une table entre une grosse bouteille de whisky et une autre brochette de naïades légèrement vêtues.
Exit les plans sur la plage ambiance club med et revival de la lambada.
Adieu les lofts familiaux décorés au petit bonheur la chance.
Nous avons opté pour un studio… photo.
Un grand studio à fond blanc, intemporel et impossible à connoter de quelque manière que ce soit. L’idée m’était venue en visionnant des clips de Rn’B par douzaines, durant la prépa.
Les clips en appartement et en boîte de nuit véhiculaient tous un côté un peu kitsch, soit par la déco (généralement très tape à l’œil) soit par le caractère caricatural et profondément cliché du lieu (combien de clips ont été tournés dans des boites de nuit ?).
A l’inverse, les clips sur fond uni (le plus souvent étalonnés en noir et blanc) avaient ce je ne sais quoi de classieux, qui rendait leur visionnage beaucoup plus agréable.
Je me suis dit qu’en variant suffisamment les valeurs de plans et les ambiances lumineuses, nous pourrions faire quelque chose de dynamique sans avoir à changer 72 fois de lieu à l’écran.


 


La journée a démarré tranquillement à 9h du matin. J’ai retrouvé sur place la fine équipe au complet : Laure Duval et ses deux casquettes (assistante réal – régisseuse), Benoit Feller à la lumière, Gaël Carrière le chef électro, Tiffany Fouqueil au maquillage et Laurent Ripoll, fraîchement diplômé d’un BTS de cadrage, qui venait filer un coup de mains multi supports (photos de plateau, making of, assistant régie, électro, rien que ça).
Mickael et Arnaud, les initiateurs (et producteurs) du projet sont arrivés vers 9h20, en compagnie du chanteur, Phil.
Le temps d’envoyer Phil au maquillage et de terminer l’installation lumière, nous avons commencé à tourner aux alentours de 10h20.
D’emblée, je suis agréablement surpris par Phil. 
Il faut savoir qu’il y a deux types de mauvaises surprises possibles, au début du tournage d’un clip :
 
1 – le chanteur/la chanteuse ne connaît pas les paroles
2 – le chanteur/la chanteuse n’est pas à l’aise avec son corps et/ou face à la caméra
 
Le premier problème peut se régler en 20 minutes.
Le deuxième ne se règle pas, c’est à peu de choses près la pire chose qui puisse arriver au tournage.
Pour ces raisons, j’ai été ravi de constater que non seulement Phil connaissait les paroles sur le bout des doigts, mais qu’il était parfaitement à l’aise face à la caméra et ce, dès les premières prises de la journée.
Nous avons donc enchainé des plans larges sur lui, en le faisant changer de tenue toutes les 2 ou 3 prises, avant de passer à des plans plus serrés, après un léger ajustement de la lumière.


 

C’est là qu’est arrivée Emilie, la « choriste ». Pourquoi des guillemets ? Parce que la véritable choriste n’était pas disponible samedi matin, et les producteurs ont dû trouver en urgence une remplaçante au pied levé. Ils ont activé leurs réseaux, cherché, cherché et demandé à leurs amis de chercher eux aussi. 
Ils ont fini par trouver quelqu’un la veille du tournage, par l’intermédiaire de quelqu’un qui connaissait quelqu’un qui…
Résultat : il y a eu de la perte d’information au passage, et Emilie n’a pas été briefée sur ce qu’on attendait d’elle. En clair, elle pensait venir faire une petite figu (genre je danse dans un coin de l’image parmi une foule de 35 personnes). Elle s’est retrouvée à devoir faire TOUS les playbacks de TOUS les chœurs sur un morceau qu’elle ne connaissait pas.
Dans ces conditions, autant dire que c’était pas gagné d’avance. D’autant plus que chanteuse, c’est pas du tout son métier et qu’elle n’était pas spécialement à l’aise face à la caméra, ce que je comprends parfaitement. A sa place, je n’en aurais pas mené large non plus.
Elle a fait ce qu’elle a pu, sous mes encouragements, mais je suis persuadé que le résultat eut été bien meilleur si elle avait pu avoir le morceau la veille au soir, histoire de bachoter un peu avant l’examen.
Les danseuses ont fait ensuite leur apparition. 4 petites minettes qui ne payent pas de mine au premier abord, mais qui changent du tout au tout lorsqu’elles se retrouvent sur scène. Chorégraphie au poil, mouvements sensuels, et tenues de rechange sexy à souhait : voilà plus qu’il ne m’en fallait pour shooter des inserts très « caliente ». 
Pour les inserts, j’ai donné une seule consigne à Benoit, au cadre : « Benoît, je veux que tu poses un oeil lubrique dans l’oeilleton de cette caméra ».
Après tout, il s’agissait de la même démarche que lorsqu’on a tourné « Ekolopathe ». En tirant au sort « film d’horreur », je voulais absolument assumer le genre et ne pas l’aseptiser. 
Là, on me confie un clip sensé véhiculer un minimum de la sensualité propre à la salsa, on me colle des jolies danseuses en face de la caméra, il faut assumer et  rendre grâce aux courbes des corps en mouvement. Je pense que vous partagerez mon avis.

    

 




C’est là qu’un grand problème est apparu : les chaussures à talons des danseuses laissant des grandes marques noires sur le sol blanc, et ces marques se voyaient à l’image, comme le nez au milieu de la figure. 
Le responsable du studio nous a proposé de repeindre le sol en blanc (il estimait la durée du travail à 40mn, peinture + séchage). J’ai préféré la bonne vieille technique de la serpillère et du savon. 10 minutes plus tard, nous recommencions à tourner.
Après les plans sur les 4 danseuses, nous avons pensé à Noella, jolie brin de fille post-teenage à l’apparence timide, qui se tenait sagement dans un coin du studio depuis la fin de la matinée. Elle disait savoir danser la salsa, mais nous l’avions plus ou moins oubliée. De par son statut « d’extra », elle n’était initialement pas prévue dans le plan de travail. Nous avons quand même décidé de la faire danser, « pour voir ».
Moteur, musique, action.
Et showtime.


 


En quelques fractions de secondes, la gamine timide est devenue une tigresse du dance floor. Regard déterminé plongé dans la caméra, pas de danse techniquement affutés, mouvements sensuels debout ou au sol, Noella a littéralement enflammé le studio. Sous les applaudissements de l’équipe, nous avons tourné des plans plus serrés. Si j’avais su, je l’aurais filmée un peu plus tôt, histoire de la voir avec plusieurs tenues différentes.
Ont suivi les chorégraphies garçons-filles, nous avons enquillé les plans tout l’après midi lorsqu’une nouvelle personne nous a rejoint. Coup de théâtre : il s’agissait de Sabrina, la vraie choriste !
Je n’étais pas au courant de sa venue et ne l’avait pas prévue dans mon plan de travail. Mais j’ai tout de suite remarqué qu’elle était plutôt jolie, les traits fins, et je me suis dit qu’elle pourrait bien être meilleure que sa « doublure malgré elle » du matin. J’ai donc proposé de tourner quelques plans sur elle.
Dès les premières secondes d’enregistrement, ce fut la révélation.
Elle connaissait les paroles par coeur (forcément), était très à l’aise face à la caméra et son visage passait très bien à l’image. J’ai donc shooté un peu plus de plans que prévu avec elle, ce qui a eu pour conséquence d’accentuer davantage le retard déjà pris sur le planning. 
Bilan : je me suis retrouvé à 19h20 avec encore toute une série de plans à tourner sur fond noir (tout le reste avait été fait sur fond blanc), alors que nous devions rendre le studio à 20h.
Pas bien Gilles, pas bien du tout.
 


Dans le même temps, des figurants convoqués par la prod manifestent des signes d’impatience. On leur avait dit qu’ils apparaitraient dans le clip. Je n’ai rien contre, mais j’ai un clip à terminer. L’essentiel d’abord.
C’est quelque chose que j’apprends au fil des tournages. C'est comme lorsqu'on a tout à coup une idée enthousiasmante en tournant une scène et qu'on décide de la tourner sur le champ. Lorsqu’une « idée géniale » survient, il est impératif de se demander si il est essentiel de la tourner ou si c’est du bonus.
La plupart du temps, c’est du bonus et il faudra la mettre de côté, le temps de tourner les plans essentiels au montage.
C’est difficile, ça demande de l’auto-discipline (et j’en manque parfois sur un tournage où je suis bien souvent comme un gamin enfermé dans un magasin de jouets un 23 décembre), mais il faut s’y tenir sous peine de flinguer le plan de travail ou pire : manquer de plans au montage.
Retour au studio.
19h20 : Nous avons mis le turbo, installé la lumière, tiré le rideau noir et shooté d’autres plans sur Phil. C’est là que m’est revenue une idée que j’avais eue durant la préparation : faire chanter Phil en playback sur le morceau en accéléré (vitesse 200%) pour obtenir un effet intéressant au montage. J’avais déjà utilisé cette technique pour les playbacks de « Never be alone » sur la fausse pub Hoaxbuster.
Du coup, j’avais prévu le coup et apporté un enregistrement du morceau en vitesse 200%. 
Je briefe le chanteur en lui expliquant que je vais lui demander quelque chose de très difficile à faire, qui n’était pas prévu, et que s’il n’y arrive pas, ce ne sera pas grave du tout, on essaye pour voir, patati patata.
 
De bonne volonté, il me répond qu’il va essayer.
Je lance le morceau après que Benoit ait lancé l’enregistrement en 50 images par seconde, et là, je découvre avec stupéfaction que Phil chante PARFAITEMENT le playback en double vitesse. C’est littéralement ahurissant. Du coup, j’ajuste mon effet, et refais quelques prises où je lui demande faire des mouvements très lents tout en chantant très vite, histoire d’accentuer l’effet.
Phil y arrive sans problème. Le problème, c’est la technique. La carte mémoire étant pleine, Benoit efface quelques clips manuellement (dans un accès de paranoïa de fin de tournage, j’ai refusé qu’il formate toute la carte, malgré la sauvegarde que nous avions déjà faite vers un disque dur externe en fin d’après midi). Et lorsque nous reprenons l’enregistrement, nous ne remarquons pas que la caméra s’est remise en mode d’enregistrement normal, en 25 images par seconde et non en 50 pour obtenir un ralenti. Du coup, les 2 prises suivantes sont bonnes pour Phil, mais pas bonnes à la caméra.
Lorsque nous nous en apercevons, il est 19H55.
5 minutes pour boucler, nous shootons un danseur et une danseuse sur fond noir, et nous remballons le matériel. 
Damn it !
Avec 1/2h de rab’, j’aurais pu refaire mes plans au ralenti.
J’en ai quand même un ou deux, mais ce ne sont pas les meilleurs.
Avis définitif au montage.
Le bilan de cette journée est donc très positif. Je crois que c’est la première fois que je passe une journée à la fois très productive (on a shooté une bonne cinquantaine de plans), dans une très bonne humeur générale (aucune tension détectée) et paradoxalement assez confortable pour moi qui ai passé 90% de mon temps affalé dans un canapé confortable, les yeux rivés sur un magnifique écran de contrôle HD.
Et je suis très fier d'avoir résisté à la tentation de mettre un ventilateur dans les cheveux des danseuses pour les gros plans ;-)
Seule semi-déception : le ring light, qui donne un effet soit trop prononcé, soit trop discret, mais dont la valeur ajoutée m'a parue bien faiblarde, en deça de ce que j'imaginais.
J’ai beaucoup aimé m’occuper des personnes à filmer, essayer de les mettre en confiance, les encourager à donner le meilleur d’eux-mêmes, faire en sorte que tout se passe bien en même temps d’être sûr d’obtenir ce que je voulais à l’image.
Il y a un aspect très humain dans le métier de réalisateur, qui me plaît beaucoup, en sus de l’aspect technique (« vas y Ben, on va le shooter en longue focale, rajoute du neutre et ouvre le diaph’, je veux que ça floute à mort en arrière plan ! »).
Et lorsque que vous avez en prime de jolies danseuses sur le plateau, plus aucun doute n’est permis : vous faites le plus beau métier du monde…

    


(Merci à Romain et à Laurent pour les photos !)
Par Gilz - Publié dans : Tournage
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