Parfois, le public et la critique encensent un film à l'unisson. L'unanimité est telle que l'on se dit que forcément, il nous est impossible de rater ce film.
Et très étrangement, lorsqu'on le voit, on se retrouve terriblement déçu.
C'est précisément ce qui m'est arrivé hier soir avec "Gran Torino", dernier film en date de Clint Eastwood.
Presse unanime, public en phase avec la presse, le film se classe premier au top critiques pendant de longues semaines et créée l'évènement.
N'ayant pas pu aller le voir en salles, je me jette avidement sur le Blu-Ray fraîchement sorti avant-hier, et entame ma séance de rattrapage.
Arrive ensuite les scènes ou le personnage de Walt dévoile son "bon" côté, en chassant les méchants membres d'un gang local qui veulent embrigader le fils de ses voisins, qu'il déteste
cordialement. Comme si ça ne suffisait pas, on ecnhaîne avec une seconde scène où Walt vole au secours de la fille de ses voisins (voisins qu'il déteste cordialement, je rappelle), sur le point
de se faire molester par 3 grands noirs, forcément méchants et agressifs puisque le film est placé sous le signe de la nuance...
Clint raccompagne ensuite la jeune fille en voiture et, en l'espace d'une dizaine de minutes, ses à-priori négatifs envers les personnes d'origine asiatique commencent à voler en éclat. Certes,
le message est positif et plaisant, mais qu'en est-il de la cohérence du point de vue de la psychologie des personnages ?
Pourquoi un type de 75 ans, grognon et bourru, vétéran de la guerre de Corée, raciste, réac, patriote jusqu'à l'os et porté sur le revolver verrait ses convictions s'évaporer en 10 mn de
conversation avec une adolescente ?
Il y a là un raccourci, une facilité délibérée que je trouve gênante pour la crédibilité de l'histoire.
De même, lorsque la même jeune fille vient lui proposer de participer à un barbecue au sein de sa famille, il ne faut à Walt que 15 secondes d'hésitation avant d'accepter.
L'idée aurait pu fonctionner, à mon humble avis de pseudo-scénariste, en glissant quelques failles d'humanité dans la caractérisation du personnage de Walt, au cours de la scène d'exposition. Or
il n'en est rien. On nous présente un roc (ou un personnage qui se donne l'apparence d'un roc, argueront les défenseurs du film) et 1/4 d'heure plus tard, nous avons un nounours apprivoisé par
ses voisins.
Mais si sa dureté n'etait qu'apparente, sommes nous devins pour voir les failles sous-jacentes chez ce personnage ? Devons nous accepter quelques facilités scénaristiques pour nous en convaincre
? Je suis perplexe...
A cela s'ajoute le problème des monologues surexplicatifs de Walt Kowalski, comme celui là, assez édifiant : "Je me sens plus proches de ces faces de citron que de ma propre famille".
Comment ne pas tiquer à l'écoute de ce type de phrase qui résume de manière grossièrement didactique le contenu de plusieurs scènes paradoxalement plutôt bien écrites où l'on comprend que Walt
n'est pas très proche de sa famille alors qu'il se rapproche inexorablement de ses voisins d'origine étrangère ?
C'est, à peu de choses près, comme si à la fin du Parrain 2, Michal Corleone lâchait avant de mourir : "je suis devenu ce que je refusais d'être, je me suis éloigné des miens, de mes propres
enfants, j'ai perdu ma fille, j'ai tué mon propre frère, quelle tragédie a été ma vie".
Inutile.
Le film vient de nous l'expliquer pendant 2h40.
Côté acting, Clint livre le service minimal, avec deux expressions facuiales en stock :
1 - l'air renfrogné de celui qui fait la gueule depuis sa naissance. Yeux mi clos, machoire serrée, gestuelle quasi inexistante, c'est LE style eastwoodien dans son plus simple appareil. Des fois
ça passe. Là, on a un peu l'impression que ça fait 20 ans qu'il joue le même personnage.
2 - la grimace de colère qui flirte souvent avec le grotesque, vestige de l'époque de Dirty Harry où, en plus de tenir un 357 Magnum à la main, ilm fallait également faire peur avec une grimace
appropriée.
Le reste du casting assure, comme souvent chez Eastwood, à l'exception notable du gamin en demi teinte qui, s'il est très bien dans les séquences où il faut en faire peu, montre vite ses
limites lorsqu'il s'agit de "lâcher les chevaux", comme dans la scène où il exhorte Walt à le libérer de la cave, vers la fin du film.
Enfin, le film baigne dans un dégoulinage de bons sentiments autour des vieux thèmes du changement, de l'acceptation de la différence, de la fraternité, sans oublier l'inévitable rédemption
finale qui grille un peu la scène de fin, qu'on sent arriver de loin.
Au final, et malgré ma diatribe acerbe, Gran Torino n'est pas un mauvais film. Son scénario manque parfois de cohérence et sa mise en scène est un peu trop didactique. Il y a également de très
bonnes choses dans ce film, à commencer par la photo magnifique de Tom Stern, les scènes avec le coiffeur (impeccable John Carroll Lynch, très remarqué dans "Zodiac" de Fincher) et quelques
scènes entre Walt et l'ado, pas désagréables.
Mais on est loin, très loin, du chef d'oeuvre annoncé par tous, d'où ma déception en regard de l'attente suscitée par le film.
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