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Lundi 20 octobre 2008 1 20 /10 /Oct /2008 08:43




Ayé, voilà une bonne chose de faite.
Le 48 hour Film Project 2008 est terminé, nous avons rendu notre copie à temps (9 minutes avant la deadline). J'ai longtemps cru qu'il serait impossible de boucler à temps.

Retour sur un week end en mode "commando".





Comme indiqué dans les articles précédents, le tirage au sort a eu lieu vendredi à 18h30 au Delaville Café, à Paris, sur les grands boulevards. 76 équipes étaient présentes, l'endroit était plus que blindé.
Au fur et à mesure que les chefs d'équipe tiraient au sort leur sujet, je sentais la pression monter graduellement.

Qu'allais-je faire en cas de "Film de vacances" ? De "Fiction historique" ? De "Comédie musicale" ?
Et en cas de "Road Movie", devrais-je m'asseoir sur le camion de matériel lumière que nous venions de louer ?
Allais-je prendre un joker pour retenter ma chance ?

Finalement, rien de tout ça. J'ai pioché "Film d'espionnage", ce qui m'a tout de suite plu. Une foule d'images m'est revenue en tête. La trilogie Jason Bourne, les 3 jours du Condor avec Robert Redford, Osterman week end de Peckinpah, l'homme qui en savait trop d'Hitchcock, Marathon Man, etc...
J'étais même carrément excité de me frotter à un genre qui a engendré nombre de films mémorables.

Retour à la maison avec Mathieu Sauer, le chef op', discussions objectifs photos et préparatifs. Une fois arrivés, nous sommes rejoints par Laure Duval, la 1ere assistante réal, et Julien Beramis, acteur principal.
Nous brainstormons autour du scénario.

Les premières pistes nous amènent vers des histoires de manipulation, de type qui bosse pour une organisation secrète gouvernementale, qui ne fait pas exactement ce qu'elle est censée faire. La théorie du complot n'est pas loin.
C'est là que nous nous apercevons que nous sommes en train de nous vautrer allègrement dans les poncifs du genre. Ne manquent que 2 ou 3 "men in black" avec des oreillettes et des flingues équipés de silencieux, et le tableau sera complet.
Bon... Va falloir penser à autre chose.

Julien nous parle alors d'une de ses connaissances, un photographe qui, en quelque sorte, "espionnait" ses sujets pour mieux les photographier. Il les infiltrait, se mêlait à eux, et en ressortait des clichés saisissants. Au fil de la discussion apparaît l'idée d'un personnage à la curiosité maladive, un personnage en quête de montées d'adrénaline, qui se brûle les ailes à aller trop loin. Cet angle d'attaque va nous permettre d'approcher le genre du film d'espionnage, sans mettre les pieds dans le plat.

De là, je rédige une continuité/découpage, Julien imagine une voix off pour son personnage, nous envisageons des lieux de tournage avec Laure.
Pendant ce temps, Mathieu vérifie le matériel et s'aperçoit que le kit mini 35 que j'ai emprunté à un ami est incomplet.
Il manque une bague adaptatrice, sans laquelle nous ne pourrons fixer les objectifs Nikon. Autant dire que sans cette bague, le kit est inutilisable.
Mathieu appelle le propriétaire du kit qui a manifestement perdu la bague en question.
Aïe.
Mathieu propose alors de faire la tournée des loueurs de matériel le samedi matin dès la première heure (9 heures) pour dénicher la bague en question.

Première galère.

Si Mathieu est par monts et par vaux à 9h du matin, cela signifie que nous ne pourrons pas commencer à tourner avant 10h, dans le meilleur des cas.
Bon, "on verra demain"...

Après une nuit courte (4h de sommeil), je file faire quelques repérages de bon matin, accompagné de Laure. Nous repérons 2 - 3 extérieurs sympas dans le 15e arrondissement, avec la Tour Eiffel dans le champ de vision. Entre temps, Mathieu m'appelle pour me dire qu'il n'a pas trouvé la bague, et qu'il poursuit ses recherches dans les magasins de photographie du 11e arrondissement.
Il semble confiant, je le suis un peu moins.
1/2 heure plus tard, il me rappelle : il n'a pas trouvé la bague en question.

Deuxième galère.

Il me faut activer tous mes contacts susceptibles de posséder la bague en question, un samedi à 10h du matin. Autant dire que c'est pas gagné. Je tombe soit sur des messageries vocales, soit sur des voix pâteuses et enrouées qui trahissent un réveil imprévu et trop matinal.
Je trouve enfin quelqu'un qui peut me fournir la bague en question, mais pas avant 12h30, le temps d'émerger.
12h30, c'est l'arrêt de mort de notre plan de travail. Nous avons pas mal de plans en extérieur, le soleil se couche vers 19h, ça va juste pas être possible.

Troisième galère.

Mathieu me propose alors de tourner sans kit, ce que je refuse. Marre des images plates façon sitcom, je veux absolument une belle image. C'est alors que Jérémy (des Filmistes) qui nous avait rejoint, plus tôt dans la matinée propose l'adresse d'un loueur de matériel qui réside à 10 mn de chez moi.
J'appelle, et coup de bol, il est exceptionnellement ouvert ce samedi matin. Je réserve un kit P+S Technik, la Rolls Royce des kit mini35.
D'un coup de scooter, Jérémy m'y emmène. Nous prenons le kit, et rejoignons le reste de l'équipe sur l'esplanade de la Tour Montparnasse
Nous installons le matériel, plaçons les comédiens, et commençons à shooter à midi pile.
Soit avec pas moins de deux heures de retard sur le planning prévisionnel, et 3 heures de retard avec le planning que nous aurions prévu si le matériel avait été complet.

Coup de chance, il fait super beau.
Julien est déjà rentré dans le personnage, nous shootons avec différentes focales, un 28mm, un 50mm qui ouvre généreusement, et en focale longue, au 105mm. Le flou d'arrière plan est particulièrement prononcé avec ce dernier objectif, j'aime beaucoup le résultat.
Mathieu profite des temps morts pour tourner des plans de coupe, filmer les gens, les lieux, etc... C'est exactement ce dont j'ai besoin.
J'en profite pour caser l'élément imposé, en faisant une figuration affublé de l'élément en question (un bonnet de bain).



Nous sommes rejoints bientôt par Anthony Le Foll et Vincent Deniard, qui interpréteront les deux autres personnages prévus par le scénario.

Les plans s'enchaînent, mais l'heure tourne... Je dois également penser à trouver un lieu pour tourner notre séquence d'intérieur. L'espace doit être suffisamment grand pour installer un rail de travelling et des lumières.
Chez moi, ça risque d'être un peu trop petit...
J'appelle mon pote Tom, ancien Filmiste, qui habite en colocation dans une grande maison de ville à Bagnolet. Il négocie avec ses colocs et me donne une réponse positive, une heure plus tard.



Seul impératif, nous devons libérer les lieux pour 19h.
Il nous faut activer le rythme.
Nous terminons de tourner les plans "calmes" vers 14h30. Nous avons maintenant une séquence de poursuite à mettre en boîte. Nous n'avons pas encore déjeuné. Seb, le régisseur, revient avec une série de sandwiches, des boissons et des en-cas. Nous mangeons tout en nous déplaçant vers le lieu de la poursuite, à quelques centaines de mètres de la tour Montparnasse.




Obligés d'activer le rythme, nous tournons la poursuite en mode "commando". Au pas de course. Une prise par plan.
A l'arrache.
On fait parfois deux plans différents dans la même rue, en changeant d'axe pour donner l'illusion d'un changement de lieu. J'aurais aimé avoir plus de temps pour pouvoir tenter des travellings depuis une voiture ou un scooter, ce sera pour la prochaine fois.

J'essaye de faire attention à faire courir les acteurs sur des distances courtes, pour éviter de les "rincer" trop rapidement.







A 15h30, je libère Anthony qui a un rendez-vous important à l'autre bout de Paris. Il nous rejoindra plus tard à Bagnolet pour terminer de tourner ses scènes.




A 16h30, nous devons shooter la séquence de fin à côté du métro Pasteur.
Je dois me rendre à l'évidence.
Jamais nous aurons le temps de nous rendre à Bagnolet, décharger le camion, installer le set et tourner tous les plans dont nous avons besoin AVANT 19h. Je rappelle donc Tom pour annuler, et commence à réfléchir à une solution de remplacement.
J'ai bien un ami qui habite un appartement de 107 mètres carrés à 300 mètres de là, mais je doute qu'il soit ravi de voir débarquer une quinzaine de gus excités un samedi après midi...
C'est alors que Sophie, la maquilleuse, nous fait une proposition : elle habite une maison de ville au Kremlin Bicêtre (94) et nous offre de venir tourner chez elle.
Bingo !
On remballe, et on y file.
Nous arrivons 35 minutes plus tard, et là, surprise !




La maison de Sophie dispose d'un jardin, mais elle est composée de petites pièces, dans lesquelles il sera impossible de poser un travelling...
Sur le coup, je suis plutôt abattu.
On décide néanmoins de rebondir en shootant les extérieurs/jour qui nous manquent, tant que le soleil rayonne encore.
D'ailleurs, il commence à baisser dangereusement. Il est 18h.

Anthony doit revenir, mais il se fait attendre. Il a filé sans consulter sa mesagerie téléphonique, et a mis le cap sur Bagnolet, sans savoir que nous étions au Kremlin Bicêtre. Heureusement qu'il est en sccoter, sans quoi ses extérieurs jours auraient été tournés de nuit.
Il arrive à 18h40, la luminosité est faible, l'équipe lumière installe un projecteur de 2 kilowatts dans la rue pour éclairer la scène. Le résultat semble, à l'oeil nu, un tantinet artificiel, mais nous n'avons pas d'autre choix.



Il faut tourner.

Nous bouclons relativement rapidement les plans en extérieur, sur le rythme "2 prises par plan". Sécurité minimale.

Pour la séquence où le personnage de Julien Béramis passe par une fenêtre, nous shootons les extérieurs au Kremlin Bicêtre chez Sophie et les intérieurs à... Sceaux, dans l'appartement de Laure, qui nous a proposé de terminer le tournage dans son salon de 20m2.

Nous arrivons sur les lieux vers 20h45, et commençons à installer le set.
Pendant que l'équipe lumière installe le matériel, je m'isole pour travailler avec les comédiens. Aucun dialogue n'a été écrit, il nous faut l'improviser maintenant. On en discute avec Anthony et Vincent, tous deux concernés par le dialogue, et Julien nous rejoint pour brainstormer avec nous.
L'idée est de générer du mystère autour de "la malette" (vous comprendrez lorsque vous verrez le film), et de caser de manière aussi subtile que possible que Vincent est Thierry Bauthéac, pilote de ligne. C'était le personnage imposé.
L'équipe lumière prend son temps pour peaufiner la lumière, nous commençons à shooter à 22h30.
Ils ont installé un travelling en arc de cercle pour filmer le dialogue, les mouvements sont fluides, ça me plaît bien.
Nous faisons un peu plus de prises que d'habitude. Les séquences de jeu sont plus importantes à mes yeux que les scènes d'action, il faut prendre le temps de les faire bien.



Nous bouclons vers minuit, David Wolfer, assistant caméra commence à transférer les rushes vers un iPod. Le transfert prend des plombes, il faut une demi-heure pour vider la carte de 32 Go, et une dizaine de minutes pour chaque carte de 8 Go.

Nous quittons les lieux vers 1h du matin, pour revenir sur Paris. Je rentre chez moi accompagné de Charles Leconte, l'ingénieur du son, qui va me filer un coup de main sur la partie son, et de Julien Béramis, qui doit encore enregistrer une voix off (avec Charles, justement).

Le temps de transférer les rushes de l'Ipod vers l'ordi (1 heure !!), je ne découvre les rushes qu'à 3 heures du matin. Le nombre de plans est assez effarant : j'en compte 115 !!!
Nous avons tourné 115 plans dans la journée, en commençant à tourner à midi.
A titre de comparaison, j'avais tourné une trentaine de plans dans la journée pour le "hoaxbuster", ce qui était déjà beaucoup.
Alors oui, forcément, il y a un peu de déchets, mais je reste assez pantois devant la quantité de boulot abattu.
Je réitère un bravo à toute l'équipe pour son efficacité.

[NdlR] Le montage final du film comporte 44 plans distincts.

Je débroussaille le boulot en mettant des plans bout-à-bout. C'est assez fastidieux : il faut chercher dans les rushes, comparer les plans, faire des choix, couper, réduire, rythmer... et regarder sa montre. L'heure avance très vite.




A 4 heures du matin, nous enregistrons la voix off. Julien propose 3 versions avec de légères variations d'intentions sur chacune des 3.
A 6 heures, la fatigue me rattrappe. Je n'ai dormi que 4 heures dans la nuit de vendredi à samedi, autant dire que je commence un peu à accuser le coup.
A 6h30, je décide d'aller dormir une heure. Lorsque le réveil sonne à 7h30, je suis tellement dans les vapes, que je recule mon réveil d'une heure supplémentaire.
A 8h30, je m'extirpe très difficilement du lit.
C'est dur, c'est dur... mais le devoir m'appelle.
Charles ne dort pas et travaille toujours à me trouver des sons de bruitages, Julien, quand à lui, fait une sieste réparatrice sur le canapé.
Je reprends le chemin du montage.
Lorsque je bloque sur une séquence, j'en attaque une autre.
Les heures défilent à grande vitesse.



A 12h, Charles décolle. Juste avant qu'il ne parte, j'enregistre avec lui des bruits de respiration dont j'aurai besoin pour la séquence de fin.

A 14h, Premiere Pro plante de manière inopinée.
Un début de stress m'envahit.
Je suis TRES loin d'avoir terminé. Le montage est encore éclaté, les sons ne sont pas "faits", il n'y a pas de musique et j'ai encore l'étalonnage à faire et le générique à réaliser.
Je redémarre l'ordi et Premiere a le bon goût de rester sage. il ne plantera plus jusqu'à la fin de la journée.

A 15h, j'appelle mon pote Also, des Filmistes Associés, pour mettre à contribution ses talents de musicien. Je lui "commande" 2 - 3 morceaux pour le film. Un morceau enlevé pour la poursuite, et un morceau calme pour le générique de fin. Je connais sa musique et fais confiance à ses goûts.
A 16h, je désespère : le montage n'est toujours pas terminé, l'étalonnage encore moins, toujours pas de musique et je dois boucler tout ça dans 2 heures.




Je continue de m'activer sur ma souris. Je passe pas mal de temps sur ma séquence finale, que je décide de monter au ralenti. Nous l'avions prévu dès le tournage, en tournant en 50 images par seconde. Le résultat correspond grosso modo à ce que j'avais en tête, je suis satisfait.

A 16h30, je reçois les musiques, qui vont coller plutôt pas mal aux images. Je retravaille un son d'arme à feu, je colle un bruitage de métro, je rectifie les niveaux sonores et commence à étalonner.
J'étalonne comme un cochon sous cocaïne : sale et vite.

Je copie-colle mes réglages sur des plans qui présentent pourtant des différences de colorimétrie, mais je n'ai pas le choix : il faut faire très vite.
Je "colle" un peu les noirs, désature un chouilla et roulez jeunesse, en voiture Simone.



A 18h, je fais une dernière vérif, ajuste un contraste, un fondu enchainé sonore et lance les rendus.

Et soudain, c'est le drame : Premiere Pro m'annonce 1h30 de rendus !!!!!!
Il est 18h20, il faut rendre le film avant 19h30, ça commence à sentir mauvais.
A quoi ça sert d'avoir un processeur quad core si c'est pour pédaler dans la choucroute sur du calcul de rendus vidéo, je vous le demande ?

Du coup, je teste une autre solution : encoder sans faire les rendus au préalable : ça marche très bien.
J'obtiens un joli fichier MPEG2 en 10 minutes.
Il faut maintenant le graver. Là, impossible de mettre la main sur un DVD vierge. J'ai emménagé le mois dernier, et  ai oublié de ranger les DVD à leur nouvelle place.
Dammit !
Je tombe sur un CD-Rom, sur lequel je décide de graver le film, qui ne pèse "que" 320 Mo.

Julien m'a rejoint, nous décollons à 18h45 de chez moi, et arrivons à 19h17 au Delaville Café, où des réalisateurs fatigués font la queue pour rendre leurs copies aux organisateurs. Lorsque je rends le film, il est 19h21, soit 9 minutes avant le couperet final.

Mission accomplie, nous pouvons enfin nous asseoir, boire des coups, avant de songer à rentrer dormir un peu...

Trève de paroles, voici notre court-métrage : "Adrénaline".








(Photos : Jérémy Halkin)

Par Gilz - Publié dans : Film
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