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Samedi 27 septembre 2008 6 27 /09 /Sep /2008 00:01
Les appareil photo reflex numériques vont-ils tuer les camescopes ?

Tout de suite là, maintenant, à brûle pourpoint, j'ai envie de hurler "Hell YES !!!!"
Surexcité comme une pucelle le jour du bal de fin d'année, je peine à me remettre des images que je viens de voir. Lecteur, nous vivons une époque formidable, mais laisse moi tout d'abord t'expliquer pourquoi.

Au début des années 2000, la démocratisation des camescopes mini DV a engendré une génération de jeunes réalisateurs plus ou moins expérimentaux qui ont entrepris de reproduire tant bien que mal la magie du 7e art avec les moyens du bord.
Au commencement était le désentrelacement (l'action qui sépare les trames d'une vidéo entrelacée afin de briser la fluidité si caractéristique des images vidéo), certains ont placé des bandes noires en haut et en bas de l'image façon cinémascope, les plus audacieux éclairaient leurs scènes à grand renfort d'éclairages de chantier récupérés à prix raisonnable au Bricorama du quartier, pendant que d'autres reniaient leur cousin Hubert pour s'attacher les services de vrais acteurs.

La nouvelle vague numérique était alors en train de naître.

En 2003, Panasonic a jeté un pavé dans la mare en proposant le premier camescope DV résolument orienté vers la fiction. La DVX-100 proposait non seulement un mode dit "progressif" qui émulait la cadence de défilement de la pellicule, mais aussi des réglages appelés "gamma cinéma", capables de fournir une image aux contrastes et à la colorimétrie théoriquement plus proches de ceux de la pellicule que de ceux de la vidéo.
Le mode progressif s'est peu à peu généralisé : Canon, Sony, JVC, tous les grands constructeurs emboitant le pas à Panasonic.
Enfin, ces dernières années, la haute définition est en train d'achever de réduire le fossé qui sépare le look vidéo du look cinéma.
Cependant, il reste un domaine sur lequel les camescopes grand public et semi-professionnel ont encore du mal à concurrencer les caméras 35mm.
Il s'agit de la profondeur de champ.
C'est à dire l'étendue de la zone de netteté de l'image.
Pour faire simple, disons que les petits camescopes vidéos tendent à produire une GRANDE profondeur de champ, avec une image assez plate, nette du tout premier plan jusqu'au fond de l'image.
Les caméra de cinéma tendent à produire une PETITE profondeur de champ, avec une image dotée de relief où, lorsque mon sujet est net, les avant-plans et les arrières plans sont flous.
Deux facteurs jouent un rôle sur la profondeur de champ : le capteur de l'appareil, et la focale utilisée.
Plus le capteur est grand, plus la profondeur de champ est petite.
Plus la focale est longue, plus la profondeur de champ est petite.
Et inversement.



A gauche, faible profondeur de champ, à droite, grande profondeur de champ.


Pour palier à ce problème, les vidéastes en quête de "ciné-look" sont contraints de greffer des appendices particuliers sur leurs camescopes. Ce sont les "kits mini 35", qui servent à diminuer la profondeur de champ de manière spectaculaire.
C'est ce type d'appareil que j'ai utilisé sur Cluedo Privé, Bye Bye Cowboy, et Hoaxbuster.

En théorie, c'est génial.
Dans la pratique, l'utilisation de ces kits n'est pas sans poser quelques problèmes :

- Le coût
Un bon kit mini 35, ça coûte un bras.
Les kits bon marché produisent le plus souvent une image "molle",  affichée à l'envers sur l'écran LCD du camescope (bon courage pour cadrer à l'épaule), vignettent pas mal et tendent à "cramer les blancs".
Il faudra donc débourser entre 1500 et 4500 euros (!) pour un kit digne de ce nom, et l'accompagner d'un set d'objectifs.
Il s'agira généralement de focales fixes assez lumineuses, elles aussi de bonnes qualité.
Hop ! On remet la main au portefeuille.

- L'ergonomie
Tourner avec un kit mini 35, c'est se rapprocher des conditions de tournage d'un film de cinéma, en pellicule. Il faut faire le point à la main.
Adieu l'autofocus.
Dit comme ça, ça n'a l'air de rien, mais dans les faits, c'est très contraignant.
Faire une bonne mise au point, c'est cadrer, tout en suivant les déplacements des acteurs/sujets dans la profondeur du plan. Il faut être au four et au moulin.
La meilleure solution s'impose alors d'elle même : il faut être deux.
Un qui cadre, un qui pointe.
Le pointeur doit constamment faire des marques, véritables points de repères qui lui permettent d'être efficace dans ses suivis de focus.
Sinon, c'est la cata.

- La logistique
Un kit mini 35, c'est des objectifs que l'on visse et que l'on dévisse toute la journée, c'est du temps de répétitions, c'est du pointage : en clair, ça prend du temps. Là où on tournera 10 plans avec un camescope "standard", on n'en tournera que 4 ou 5 en s'appliquant sur la mise au point d'un mini 35.
Gaffe au plan de tournage...


Côté caméra, quiconque ambitionnera de faire des "images qui claquent" devra investir, à l'achat ou à la location, dans du matériel semi professionnel, type camescope de poing HD, comme la Panasonic HVX200 ou la Sony PW-EX1 par exemple.

"Ok, le blog du gars Guerraz il est bien gentil, mais pourquoi il nous raconte tout ça ? Et quel est le rapport avec la choucroute du premier paragraphe ?".

Le rapport, cher lecteur, c'est que je viens de découvrir des images tournées avec les dernières générations de Reflex numériques.
Les appareils photo numériques compacts font de la vidéo depuis belle lurette.
Mais pour les Reflex, c'est tout récent.
Les Reflex ont pour particularité d'être doté de très grands capteurs. On l'a vu plus haut, la taille du capteur influe sur la profondeur de champ.
Les Reflex présentent également la particularité de disposer d'objectifs interchangeables. Courtes focales, longues focales, zooms, fisheyes, téléobjectifs, tout y passe.

J'arrive au point visé dès le début de cet article : les dernières générations de Reflex numériques filment en HD, et en offrant une profondeur de champ paramétrable, selon la focale utilisée.
En clair, le résultat est assez stupéfiant.
Ce virage technologique annonce probablement, à terme, la mort des petits camescopes HD , et des kits mini 35.

Pour l'instant, il semblerait que les camescopes conservent un avantage en matière d'ergonomie et de possibilités de réglages manuels. Mais quid de demain ?
Le jour où un appareil photo numérique Reflex sera capable de produire des images Full HD, avec un aspect furieusement "ciné look" du fait de la faible profondeur de champ, et pour un tarif inférieur à 1000 euros, je pense que certains ne seront pas loin du dépôt de bilan.



Allez, assez parlé, place aux images :

Le Nikon D90 filme en 1280x720, avec les résultats suivants :
http://chsvimg.nikon.com/products/imaging/lineup/d90/fr/d-movie/#c-3

Il est proposé aux alentours des 950 Euros, boitier nu.
 



Le Canon EOS 5D Mark II filme en full HD, 1920x1080, avec les résultats suivants :
http://www.usa.canon.com/dlc/controller?act=GetArticleAct&articleID=2086


Il sera commercialisé au mois de novembre, au prix de 2600 euros (pas donné, mais c'est du matériel professionnel).

Si ces premiers rushes font encore un poil trop vidéo à mon goût (la faute à un étalonnage un peu léger ?), ces nouveaux appareils offrent des perspectives dont le vidéaste amateur n'osait encore rêver il y a à peine 6 mois.
Personnellement, je suis assez impatient de tester le mode vidéo de l'un de ses deux appareils.
Par Gilz - Publié dans : News
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