Le truc chouette avec le 48h Film Project, c’est qu’il propose immanquablement son lot d’émotions et de sensations fortes. Une fois de plus, ça n’a pas loupé.
Rappel des faits observés entre vendredi 27 avril 18h et dimanche 29 avril 20h.
Tout commence sur la terrasse ensoleillée des locaux d’Eyeka, site communautaire de créatifs qui diffusent leurs œuvres on ze ouaibe.
L’apéro est sympathique : on y retrouve des finalistes de la dernière session du 48h Film Project, comme les Problematic Haircuts, Mickaël Guerraz, Agathe Riedinger ou encore Benoît
Lelièvre.
Peu avant 19h, le tirage au sort peut commencer.
Les éléments imposés sont :
- aborder le thème de l’écologie
- faire apparaître une carafe d’eau dans le film
- inclure la réplique : « C’en est
trop ! »
Pour les genres, certains tirent « comédie », d’autres « aventure », et je frémis de plaisir lorsque que mon compère Julien David tire au sort « Horreur ou
suspense ».
Nous évacuons immédiatement l’idée de faire un film de suspense, pour deux raisons très simples.
La première, c’est que la durée maximum qui nous est imposée et de 4 minutes. Or le suspense est un genre dont les codes reposent sur l’attente. Autrement dit, faire un suspense de 4minutes,
c’est aussi difficile que de tourner une scène d’action qui dure 2 heures (même si le film « Speed » pourrait contredire cette allégation).
La deuxième raison, c’est qu’en bon fans de films de genre, nous sommes simplement ravis de nous exercer pour la première fois de nos vies respectives au genre surexcitant qu’est le film
d’horreur.
Les discussions vont bon train, le name-dropping bat son plein, ça cause de George Romero, de Wes Craven, de Tobe Hooper, de Brian Yuzna, de Clive Barker, d’Alexandre Aja, on se prend déjà à au
jeu des références aux maîtres du genre… même si on en oublie plein en route.
Deux équipes de tournage de « l’hebdo Cinéma » de Canal Plus, l’émission présentée par Daphné Roulier, sont présentes et vont suivre deux équipes durant tout le week-end. Félix, le
cadreur, et Christophe, l’ingé son, ont l’air intéressés par le genre que nous venons de tirer au sort.
Doué pour le marketing, Julien leur explique qu’on va acheter 2 kgs de viscères chez le charcutier, pour les effets spéciaux, et qu’on va filmer un énorme carnage dans une baignoire.
Immédiatement convaincus par ce discours alléchant, Félix et Christophe décident de nous suivre.
Dans la foulée, Julien et moi filons du côté de Saint Ouen, dans le neuf-trois, dans l’atelier d’un pote de Julien, artiste plasticien, qui nous dévoile son antre et son coffre à jouets. Dans
l’excitation puérile et bruyante d’une cour d’école maternelle le jour d’Halloween, nous extirpons des bouts de jambes en silicones, des mains coupées, des masques effrayants et des outils
insolites.
Nous avons de quoi organiser un joli carnage, ce qui est définitivement plutôt chouette.
L’autre élément intéressant du moment, c’est le lieu. Un hangar immense, sorte d’usine désafectée qui sert actuellement d’atelier d’artistes. La lumière entre difficilement par des verrières
opacifiées par la crasse, un trou dans le mur donne sur l’extérieur, plein d’objets bizarres parsèment l’endroit, bref, c’est le lieu idéal pour tourner un « Saw » amateur en 48 heures.
Le lieu appartient à un jeune propriétaire, que nous appelons pour lui demander l’autorisation de tourner (avant même d’avoir notre scénario – est-ce bien raisonnable ?).
Au téléphone, le proprio n’est pas très chaleureux.
Il nous accueille avec des phrases du genre : « Vous tournez demain et vous cherchez votre lieu aujourd’hui ? Vous êtes des bêtes en organisation les gars… ».
On lui explique le concept du 48h Project, ce qui ne le rend pas plus aimable pour autant.
- « Si vous tournez un film d’horreur,
j’imagine que vous avez une femme de ménage dans votre équipe… »
- « Et sinon, vous avez un budget pour la
location ? »
On lui refait le topo : film à l’arrache, pas de budget, etc… On se concerte rapidement, je propose 100 Euros au gars.
Du tac au tac, il me répond : « 130 Euros, ça ira très bien ».
On est tombé sur un négociateur, un vrai. Un qui lâche rien.
Pas forcément en position de négocier, on accepte sa proposition. On appelle tout de suite Vincent (Londez) qui nous remet les pieds sur terre :
- « Vous êtes fous les gars ! On va pas
payer pour un lieu de tournage avant d’avoir écrit le scénario !! »
Il calme l’euphorie ambiante, mais il a raison. Pas évident de faire preuve de bon sens dans notre état de surexcitation.
Nous filons ensuite chez Julien, après un passage éclair à la superette où, tradition 48h Project oblige, nous faisons le plein de Junk Food.
Pizzas surgelées, packs de bière, on aura de quoi tenir pendant l’écriture.
WARNING !
La suite de l'article contient quelques "spoilers". Si vous préférez découvrir le film sans savoir ce qu'il s'y passe, allez tout de suite au bas de cette page.
Sinon, bonne lecture !
Vincent nous rejoint après son boulot. Il avait brainstormé en route, et apporte plusieurs idées, dont l’une colle avec une des miennes : un serial killer qui assassine sauvagement tous les
individus qui refusent de signer le pacte écologique de Nicolas Hulot.
L’idée de Vince, c’est un type qui assassine sa petite amie, parce qu’elle jette ses ordures ménagères sans les trier.
Le truc intéressant, c’est que ça permet de traiter le thème de l’écologie sous un angle intéressant : celui de l’humour noir. Il n’était pas question de faire un pamphlet pro-écologie
(faire la morale aux gens m’emmerde profondément, en plus de nous mettre en position d’usurpateurs – qui sommes-nous pour parler d’écologie ?). Notre objectif était également d’éviter les
pistes les plus évidentes, comme celle d’un contexte post-apocalyptique en période de pénurie d’eau (avec la fameuse carafe d’eau au centre des attentions).
Le truc chouette, c’est qu’avec Vincent et Julien, on est bien souvent d’accord sur le fond. Lors du dernier 48h Film Project, j’avais noté que plusieurs équipes n’assumaient pas toujours le
genre qui leur était assigné, et que beaucoup tiraient invariablement le polar, l’horreur ou le drame vers la comédie.
Nous décidons de réaliser, dans la mesure de nos capacités, un film d’horreur qui « remue » un minimum.
Yummy.
Felix et Christophe nous rejoignent et filment notre brainstorming et nos pizzas. Nous écrivons ensuite la structure du scénario, que nous découpons en 5 séquences. Julien et Vincent s’occupent
des dialogues. Ils surfent sur des sites web ecolos pour trouver du contenu, pendant que je rédige un découpage visuel. Vers 23h30, c’est terminé, direction dodo.
Samedi 28 avril
Réveil à 7h45 et remplissage de sacs : éclairages (mandas) avec leurs pieds, câble XLR, micro d’appoint, steady tracker, tissus noir, etc…
Chargé comme une mule, j’arrive chez Vincent (qui a eu la bonne idée de venir me chercher en bagnole à l’arrêt du métro) vers 9h30 du matin.
J’y retrouve Thomas Garret, qui avait déjà signé la lumière de « Cluedo Privé » 2e version et de ma vidéo SIDA, Elie Mittelmann, ingé son sur Cluedo V2, Sylvaine Chesne,
maquilleuse avec qui je bosse régulièrement depuis 1 an, Célia Pilastre et Julien David.
Plusieurs personnes ont apporté des croissants et des pains au chocolat pour tout le monde. Du coup, ça nous laisse le choix entre attraper une crise de foie ou ouvrir une boulangerie.
Félix et Christophe débarquent peu avant que je ne sorte tourner des plans d’inserts de la ville, avec Thomas et Elie.
Le caméscope XH A1 de Canon a fière allure. On dirait un gros XM2, doté d’une ergonomie un peu mieux étudiée. Au chapitre des défauts, l’autofocus est parfis très lent, et relativement inefficace
en basse lumière, comme nous allons nous en rendre compte un peu plus tard dans la journée. Et la bague d’ouverture de l’iris a tendance à tourner un peu trop souvent, lorsqu’on joue avec la
bague de mise au point manuelle. Du coup, le maniement en configuration « camera au poing » n’est pas toujours évident.
Nous enchaînons avec des plans en extérieur jour, sur Célia au téléphone. Il s’agit d’une courte séquence d’introduction, qui permet de situer efficacement le contexte de l’action. Célia est au
téléphone avec une copine, elle lui raconte qu’elle a rencontré un mec hier soir, patati patata.
L’endroit est relativement bruyant. Ce qui est paradoxal, vu que nous sommes tout à côté d’un cimetière… Des dizaines d’avions se succèdent dans le ciel, les riverains vont et viennent en
voiture (que des moteurs diesel, bien bruyants), etc…
A midi, quelques plans sont dans la boîte, nous enchaînons avec la scène du petit déjeuner.
Champs, contrechamps, plan en contre plongée sur la carafe d’eau, plan d’ensemble en plongée verticale, l’appartement de Vincent permet de filmer d’un peu partout, ce qui est extrêmement
pratique.
Cette séquence permet de caractériser le personnage de Vincent, proche de la nature est très sensible aux problèmes écologiques. La fin de la séquence révèle ses failles et pose les bases d’une
relation conflictuelle avec le personnage de Célia, peu sensible aux comportements écologiques.
Nous enchaînons avec la scène suivante, dans l’ordre chronologique de la narration du film.
Célia est partie en laissant une lampe allumée toute la journée. Vincent tourne comme un lion en cage en attendant son retour. Pour témoigner de cette attente de manière visuelle, et sans
recourir à une explication dialoguée, nous avons eu l’idée d’un plan fixe sur le salon, avec la lampe allumée en amorce, au tout premier plan. Vincent se pose 10 secondes à un endroit, 10
secondes à un autre, et au montage, nous ferons des fondus enchaînés entre les plans, de manière à évoquer le temps qui passe.
C’est également là que nous introduirons, en off, la réplique imposée : « C’en est trop ».
Nous tournons ensuite la séquence où Célia rentre du boulot, suivie d’une grosse engueulade entre Vincent et Célia. Nous décidons de filmer la scène caméra à l’épaule, pour tenter de restituer
l’énergie de la scène. Vincent s’agite, part dans des explications sur un débit de paroles Woody Allenien, Célia s’énerve et ramasse une grosse tarte dans la gueule, réalisant au passage une
cascade assez réussie : atterrissage sur un lit de coussin après un vol plané tout à fait respectable.
Nous filmons ensuite un plan en vue subjective, où Célia ramasse une seconde tarte. Malheureusement, ce plan que j’aimais bien, devra être coupé au montage, pour cause de non respect de la durée
maximum imposée.
C’est là que nous décidons de déjeuner. Il est 16h30, et il commençait à faire un peu faim. Dans notre grande tradition Junk Food, nous réalisons une opération MacDo. Comme toutes les commandes
de groupe chez McDo, y’a eu embrouille sur la commande et nous nous retrouvons avec 1 menu qui manque à l’appel.
Mais comme chacun sait, une équipe de tournage est une grande famille qui sait partager en cas de besoin. Tout le monde mangera à sa faim.
C’est là que nous rejoint Delphine Theodore, jeune actrice que j’avais rencontrée lors de l’édition 2006 du 48h Film Project. Elle jouera dans la dernière scène du film, que nous allons tourner
tout de suite.
C’est une scène d’extérieur jour, avec toutes les emmerdes que ça implique : badauds interloqués par la présence de la caméra, voitures qui passent et repassent, gamins bruyants et peu
soucieux de notre tournage, voisins indélicats, etc…
1 heure après, tous les plans sont dans la boîte, nous libérons Delphine et enchaînons avec LA grosse scène du tournage, j’ai nommé la scène de torture.
Le premier choc, on l’a en remontant à l’appart’. Sylvaine a maquillé Célia pendant que nous tournions dehors. Le résultat est horrible, au meilleur sens du terme. Célia a la tête de
quelqu’un qui (rayez la mention inutile) :
- s’est fait tabasser 3 heures d’affilée par Mike
Tyson
- est passé sous un camion 38 tonnes
- vient de sortir de la fosse aux Lions du Zoo de
Vincennes
- a fait un saut à l’élastique sans élastique
Le travail de Sylvaine Chesne est réellement impressionnant.
Mais le plus impressionnant reste à venir.
Comme moi, Julien a vu (et lu ?) « Americain Psycho ».
La séquence où Patrick Bateman déploie une bâche sur le sol de son appartement pour torturer ses victimes sans saloper le sol est assez marquante. Nous décidons de créer une grande bâche noire,
en scotchant entre eux une dizaine de sacs poubelle.
Nous restons dans la référence Patrick Bateman en habillant Vincent d’une blouse blanche, bientôt maculée de sang, et d’un masque de travail transparent, qui lui fait un regard de parfait
psychopathe. Nous poussons le détail jusqu’à lui envelopper les chaussures dans des sacs plastiques, à la manière de Mark Wahlberg dans la dernière scène des « Infiltrés » de Scorsese.
Julien décore la scène d’une table sur laquelle on pose des « outils » de travail et de sacs qui traînent par terre. Certains contiennent des membres humains en silicone. Heureusement,
on ne verra pas cet effet un peu grand guignolesque à l’image.
Thomas éclaire la scène de 2 mandarines, en configuration faisceau, sans utiliser de diffuseur ni de gélatine.
On obtient une lumière dure, avec de forts contrastes, qui donne à la scène une ambiance graphique, assez stylisée.
Afin d’éviter que le caméscope ne « crame » les hautes lumières, nous fermons le diaphragme autant que nous pouvons, de manière à laisser entrer le moins de lumière possible.
L’image est très sombre, ce qui me permettra de la salir en post production, en boostant la luminosité, ce qui aura pour conséquence de produire un bon gros grain craspec qui rappellera vaguement
les films d’horreur fauchés des années 70.
Pour jouer la scène, Vincent et Célia n’ont que peu de directives. Vincent s’est donné 2 – 3 ponts de repère (le tri sélectif, les bacs de tri, des informations factuelles sur la situation
écologique mondiale, et c’est tout).
Nous décidons donc d’improviser la scène et de filmer caméra à l’épaule, en essayant de capturer ce que les acteurs vont nous donner.
D’entrée de jeu, Célia calme toute l’équipe en entrant dans la peau et le contexte du personnage. Couverte de sang, ligoté à une chaise, elle se met à pleurer, gémir, avec une authenticité qui
met tout le monde mal à l’aise.
Vincent commence son speech sur le tri sélectif, avec le calme du sadique qui savoure l’instant. Soudain, il explose et lui hurle en pleine figure.
Il sort une tenaille, lui fait ouvrir la bouche, l’insulte (« ouvre la bouche, salope ! »), lui introduit la tenaille et lui arrache une dent, dans d’atroces hurlements de douleur
de Célia.
Il se calme quelques instants, lui explique qu’il fait ça pour son bien, lui demande d’arrêter de pleurer. Puis s’énerve à nouveau, lui explique dans quelles couleurs de bacs jeter ses ordures et
lui perfore le torse à la perceuse.
L’équipe s’échange des regards terrifiés, certains retiennent des rires de gêne, il fait terriblement chaud sur le plateau, Vincent sue à grosses gouttes et marche comme un lion en cage
autour de Célia.
Il relance la machine, lui explique pourquoi elle est responsable du réchauffement climatique, l’insulte copieusement tout en lui postillonnant des hecto-litres de bave en pleine figure.
C’est extrêmement impressionnant, j’en reste bouche bée, en espérant pour que Thomas au cadre ne loupe rien des invectivations de Vincent, de la bave ensanglantée de Célia, qu’il saisisse
l’aspect violent, viscéral et organique de la scène.
Au bout d’un bon quart d’heure, Julien et moi hésitons plusieurs fois à couper la scène, tellement elle est intense et puissante.
Je préfère vous prévenir tout de suite, la durée imposée de 4mn en tout ne nous a pas permis de rendre justice à la qualité de la performance de Célia et Vincent. Il aurait fallu commencer
calmement, monter progressivement, crescendo, et faire durer l’insoutenable.
A la place, nous avons été contraints de « clipper » la scène, ce qui est assez frustrant pour moi.
Pour ces raison, ce que vous verrez risque donc d’être un peu en deça de ce que je viens de décrire plus haut.
Avec Julien, on s’est dit qu’on essaierait de faire une version « director’s cut », qui devrait durer entre 7 et 8 minutes.
A suivre…
Une fois que la scène de torture est dans la boîte, nous shootons des inserts assez rigolos, dans lesquels ont voit le personnage de Vincent en train de scier quelque chose hors cadre. En même
temps, Sylvaine lui projette du faux sang sur les vêtements et le visage à l’aide d’une seringue.
Pour les gros plans visage de Vincent, nous simulons des éclairs bleutés à l’aide du flash de mon appareil photo. Ça fonctionne assez bien.
C’est toujours frappant de constater à quel point on se marre en tournant des scènes parfaitement horribles dans leur contenu.
Filmer un type en train de scier la cuisse de sa petite copine, c’est finalement beaucoup plus drôle que de le filmer en train de lui faire une belle déclaration d’amour.
A 21h30, le tournage est plié, nous avons 1h30 de rushes.
Julien et Vincent rangent le bordel gigantesque que nous avons foutu dans l’appartement, tandis que je file dans les locaux de « High Fun », avec mes deux K7 DV dans la poche.
High Fun est une boîte de post-production, dont le patron nous a autorisé à utiliser ses stations de montage durant le week-end.
Cool.
Nous disposons d’un Mac G5 bi-processeurs doté de 8Go de RAM.
Ça devrait tourner correctement…
Après 40 minutes de galère pour configurer le projet (le HDV est un format à la con, qu’on se le dise…), nous lançons l’acquisition.
Une heure plus tard, nous relançons l’acquisition qui, mal paramétrée, n’avait enregistré que le son.
Damned.
Nous profitons de ce temps libre pour perpétrer notre chouette tradition de la junk food, en allant squatter le grec du coin.
Salade tomates oignons, sauce blanche, miam miam.
Dimanche 29 avril
L’acquisition terminée, je commence un premier montage brut. Je monte jusqu’à 2h30 du mat’, avant de commencer à faiblir. Julien me relaye, je file me coucher comme je peux dans un canapé trop
petit pour moi et pas super confortable.
Vers 6h du mat’, des cris me réveillent. Au bout du couloir, les enceintes du Mac sont à donf, et crachent la voix hystérique de Vincent : « Sale pute ! Sale Pute ! ».
Julien dérushe la scène de torture.
On aura connu réveil plus doux.
Je me lève, avec une sale gueule de mort-vivant et une haleine de cheval décédé, et vais remplacer Julien, qui file dormir vers 7h du mat’.
Je monte la scène de torture, ce qui est loin d‘être évident. Il faut la rythmer sans trop la découper. Les acteurs ont livré une belle performance d’improvisation, que nous avons filmée en
plan-séquence. J’ai la conviction qu’il faut restituer cette énergie en découpant le moins possible. Dont acte.
Je reprends ensuite le montage depuis le début, modifie deux trois trucs, mais globalement, Julien a fait du bon boulot en mon absence.
Le problème, c’est qu’au bout du compte, le montage final dépasse les 6 minutes.
Or nous sommes limités à 4 minutes.
Il va falloir sortir les gros ciseaux.
Comme la scène de torture fait 2mn30 à elle seule, c’est elle qui sera charcutée la première. La mort dans l’âme, je suis contraint de faire tout ce que je voulais éviter. Les plans séquences
sont découpés, des plans très forts passent à la trappe, on coupe tant qu’on peut.
Tout le reste du film est ainsi resserré, l’idée est d’aller à l’essentiel dans chaque plan.
En coupant comme des acharnés, en insérant des faux raccords volontaires ça et là, et en introduisant la scène d’ouverture en off, durant le générique de début, nous parvenons à une durée de 3mn,
59 secondes et 14 images.
Ouf…
Elie nous rejoint vers 10h30 du mat’: il est sur les starting blocks. Il va récupérer un export son pour aller le travailler chez lui. Il va monter les niveaux, nettoyer les parasites
éventuels, insérer des bruitages appropriés (effets sonores d’ambiances, bruitages gores d’ongles et de dents arrachés, musique, voix off avec Vincent).
A midi, il part avec son export. Julien s’attelle aux génériques de début et de fin. Il me dit qu’il en a pour un quart d’heure, mais son boulot s’éternise.
L’étalonnage du film n’est toujours pas fait, je piaffe d’impatience et commence à faire ma mauvaise tête. Vers 15h20, Julien libère enfin la machine et j’entame le boulot.
Les outils d’étalonnage de Final Cut Pro sont assez performants, d’autant plus que nous travaillons sur du HDV, réputé offrir peu de latitude de traitement, à cause de son fort taux de
compression.
Je contraste un peu l’image, rehausse les noirs, baisse un chouilla la luminosité, désature les couleurs de 15% et salit volontairement la scène de torture.
Comme elle était très sombre, je n’ai qu’à rehausser la luminosité, et ajouter du contraste, pour donner à l’image un gros grain dégueulasse qui sert parfaitement l’ambiance de la scène.
J’ajoute une colorimétrie un peu plus jaune pour la scène de petit déjeuner et c’est dans la boîte. Je commence à revérifier le tout lorsqu’aux alentours de 16h, un technicien de maintenance
débarque : il doit travailler sur notre machine et nous déplace.
Nous nous retrouvons dans le bureau du Boss, dont les écrans sont sensés être étalonnés au poil.
Chouette.
Si ce n’est que sur l’ écran de gauche, le film est tout noir, sur l’écran du milieu, il est tout vert, et que le moniteur de contrôle HD ne fonctionne pas.
Mais qu’est-ce que c’est que ce bordel ??
Je ne sais pas pourquoi je me fie au moniteur de gauche, qui m’a l’air plus fiable que celui du milieu. Je reprends l’étalonnage à partir de zéro en maugréant quelques gros mots dans ma barbe.
J’éclaircis finalement tout le film (au final, le film est trop clair, l’écran était mal réglé, damned !!) et termine vers 17h, heure à laquelle Elie et Vincent reviennent de leur
séance de post-production sonore.
Nous mixons le son avec l’image. Les effets sonores sont terribles, mais la musique me fait un effet bizarre. J’ai tellement entendu la scène de torture sans aucune musique, que d’un coup, elle
me semble incongrue.
Mais comme tout le monde s’accorde à la trouver géniale, je me range à l’avis général.
La zique est signée
Yot Magnet, un pote de Vincent qui sévit, entre autres, sur Myspace.
Il est 17h30, nous devons rendre le film pour 20h. On est super en avance, tout le monde se relâche, c’est cool.
A 18h30, nous n’avons toujours pas réussi à faire un export du film.
Final Cut Pro ne reconnaît pas le caméscope relié au Mac, impossible de faire un export sur bande. J’essaye d’encoder en MPEG2 depuis Final Cut, mais le codec MPEG n’est pas activé (!!). L’heure
tourne, la pression monte dangereusement.
Après épluchage du mode d’emploi du caméscope, nous parvenons à le faire reconnaître par l’ordi. La manip’ est assez gratinée, il faut paramétrer le caméscope d’une certaine manière via les
menus, puis appuyer simultanément sur les boutons pause et REC ( !), comme aux plus belles heures de l’enregistrement compulsif sur K7 VHS…
On n’arrête pas le progrès.
Dans l’effervescence collective, le transfert sur bande commence… et s’arrête au bout d’une minute !
Nous sommes maudits.
Il est 19h15, nous devons apporter la K7 dans ¾ d’heure eu centre de Paris. Les premières répliques fatalistes fusent : « on n’y arrivera jamais… c’est pas grave, on s’est bien marrés,
on a fait notre film, c’est ce qui compte… ».
D’autres y croient encore, et nous relançons un export sous Final Cut, en vue de réencoder le fichier pour en faire un DVD.
Seulement voilà : Final Cut annonce 35 minutes de rendus. Ça commence à sentir très très fort le sapin pour EKOLOPATHE.
Si nous le rendons hors délais, le film sera purement et simplement disqualifié de la compétition.
C’est vraiment trop con de se casser le cul à faire un film tout le week-end, de ne dormir que trois heures, pour échouer à quelques encablures de la ligne d’arrivée.
Soudain, le salut arrive en la personne de Félix, le cadreur-reporter de Canal +, qui nous propose LA solution de la dernière chance.
Avec son caméscope PD-170, il va filmer le film projeté sur l’écran de notre ordi.
L’image et le son seront dégueulasses mais au moins, on le rendra à temps. Parallèlement, on essaiera de négocier un délai supplémentaire pour rendre le film « propre » un peu
plus tard.
Vincent se rue sur le téléphone et entame les négociations avec les organisateurs.
Pendant ce temps, nous installons à l’arrache le caméscope de Félix sur un trépied de fortune (2 tables basses posées l’une sur l’autre, un bouquin, et un bloc de post-it), il fait les réglages
caméra pour synchroniser la vitesse d’obturation du caméscope avec la fréquence de rafraîchissement de l’écran de l’ordinateur, et… et… l’impensable se produit : une tempête de grêle
commence à s’abattre sur la ville, dans un fracas assez incroyable.
La loi de Murphy, ou Loi de l’emmerdement maximal, vous connaissez ?
Nous, si.
Ça fait bien 3 semaines qu’il n’est pas tombé une seule goutte de pluie sur Paris, et il faut qu’un déluge non pas de pluie mais de GRELE s’abatte sur la capitale à l’instant précis où nous avons
besoin de silence pour enregistrer du son.
Nous enregistrons malgré tout l’image et le son (enfin, la grêle) sur l’écran à 19h35. Comme prévu, l’image est laide et le son atroce, mais la seule chose qui compte désormais, c’est l’heure.
A 19h40, Elie enfourche sa moto sous une tempête infernale et traverse Paris à toute berzingue pour délivrer à temps la précieuse K7.
Entre temps, l’encodage DVD aboutit, et nous lançons des gravures en série.
Thomas Garret débarque ensuite, trempé jusqu’aux os, et fait prévaloir son expertise en matière d’exports Final Cut. Il nous sort un export en pleine définition (sur disque dur), et un autre
export sur bande, mais en DV.
Je ne sais pour quelles raisons il est impossible de sortir un export sur bande, au format HDV.
La technologie c’est bien. Mais quand ça fonctionne correctement, c’est mieux.
Au final, Elie livre le film dans les temps, Vincent part ½ heure plus tard pour livrer la version « propre » du film aux organisateurs, qui l’acceptent. Dans leur majorité, les autres
équipes ont connu elles aussi des gros problèmes d’export de leurs film. Ceci explique sans doute la clémence des organisateurs, d’habitude impitoyables sur la question de respect des délais.
Je suis malheureusement trop lessivé pour me rendre à la soirée de fin de week-end, organisée dans les locaux d’
Eyeka. Je rentre chez moi au
radar, dîne vite fait bien fait, plonge sous la couette et m’endors en 10 secondes chrono.
Au final, le bilan est plutôt bon.
Je suis assez content du résultat final, dans la mesure où j’ai le sentiment que nous ne nous avons su gérer les contraintes liées au thème imposé (l’écologie n’est pas forcément une immense
source d’inspiration) et surtout, que nous livrons une scène au premier degré assumé, même si le décalage de la situation permet une prise de distance qui amène de l’humour. Personnellement, la
scène de la torture me fait beaucoup rire.
Et j’ai été ravi de constater qu’elle ne faisait pas du tout rire certaines personnes, qui la trouvent assez insupportable.
Ma grande déception, c’est d’avoir été contraint de charcuter le film, pour tout faire tenir en 4 minutes. L’intensité aurait grandement gagné à ce que la durée totale du film soit allongée de 2
ou 3 minutes. J’espère vraiment pouvoir faire une version longue très prochainement.
Et ma grande découverte vient des acteurs. Ou plutôt du fait qu'il y a incontestablement des rôles et/ou des scènes "payantes" pour un acteur, qui permettent de réveler les facettes inconnues
d'un talent. Ce qu ej'essaye de dire, c'est que ça fait déjà plus de deux ans que je travaille régulièrement avec Vincent Londez et Célia Pilastre. Je les ai distribué dans des rôles
relativement normaux, dans lesquels je les ai toujours trouvés très "justes". S'iils m'ont souvent impressionné, ils ne m'avaient encore jamais réellement assis par leur performance.
J'espère ne vexer personne en écrivant cela : je ne soupçonnais pas que Célia et Vincent étaient capables de montrer une telle intensité de jeu. Tout simplement parce que je ne les avais jamais
vus dans une situation qui exigeait une grosse intensité de jeu.
C'est désormais chose faite. Et c'est très excitant.
Mais halte au blabla.
Le film est terminé, alors le voilà :
Terrible... J'adore!!! C'est vraiment le style de court qui me plait... Bien gore et humour très noir!!!! Bref, une réussite... Mention spéciale aux acteurs ;-)
juste un mot : ENORME !!!
Merci pour vos commentaires qui font plaisir à lire !
C'est vrai que ces commentaires font plaisir a voir .
Le jeu d'acteur effectivement formidable (ne pas oublier que le jeu est aussi le fruit de la direction d'acteur que j'ai trouvé aussi très bonne )
Sinon Gilles je sais pas ou tu as degote le chef op qui t'a fait une si belle image ;-) mais il faudra que tu me donne ses coordonées ;-) je suis sur qu'on s'entendrait bien
Sinon bravo a toi GIlles pour ce post qui a bien du te prendre au moins deux jour a ecrire ;-) mais qui relate parfaitement le déroulement de ces 48h passionnantes
Enfin on remerciera Canon de nous avoir prêté cette caméra dont le format HDV est un vrai délice
Et dont Gilles et Julien doivent encore faire des cauchemars ;-)
Félicitations car le court est vraiment très réussi ! Mention spéciale aux acteurs qui effectivement sont très convainquants !
J'attends avec impatience une éventuelle "version longue"Encore bravo !
Bravo ! Impressionnant sérieux...rien que par lui-même, mais en plus de savoir le cadre du projet et les 48h, ça rend le résultat encore plus fou. Super réal, cadrage malin, et les comédiens...époustouflants !
Vincent est complètement possédé, ce que je préfère même c'est la façon qu'il a de jouer les silences, ses petits mouvements d'yeux rapides au ptti dej pour poser le perso, ses temporaisations pendant la torture... Vraiment une super performance. Celia n'est pas en reste, elle est nature, parfaite durant l'avant-torture (ce qui l'air de rien n'est pas si facile), et vraiment suprenante pendant cette fameuse scène réussie.
Bref du grand travail, c'est vrai qu'on attend la version "longue" là :)
PS: les merdes en HDV sous FCP je connais, t'aurais du m'appeler ;)
Bienvenue par ici "Vive la HDV" !
t'inquiètes, j'te donnerai les coordonnées du chef'op. vous devriez bien vous entendre : vous avez les mêmes opinions poilitques ;-)))
Larose,
On va essayer de livrer le montage de 7mn rapidement...
Olive,
zut, j'ai pas du tout pensé à t'appeler pour nos galère d'export...
La prochaine fois, je m'en souviendrai ;-)
YEAH !
merci pour tout ces beaux commentaires
...et je confirme : on s'est battu comme des oufs sur cette action !
En tous cas, après Migraine, j'avoue avoir trouvé chez Gilles un equipié d'enfer !
Avec toutes les galères de sortie qu'on a eu, je crois même pouvoir dire qu' avec celui-ci, on remporte la palme d'or du FILM A L'ARRACHE !!!
et puis c'est surtout un deuxième court reussi avec M.Guerraz
Donc : comme jamais 2 sans 3
Je lance un appel solennel
Gilles, prêt pour un prochain 48H Film Project en Octobre?
la trilogie Time Bomb, ça peut faire un bô DVD et là c'est le marketeur qui parle :)
je suis chaud comme une baraque à frites proche du point de fusion.
Le scénar que j'avais proposé n'était aussi intense...
Maintenant que tu as découvert les joies du film d'horreur et les possibilités de tes acteurs dans des situations extrêmes, tu vas enchainer les réalisations, heu... flippantes ?
Je ne crois pas me spécialiser dans le film "kifaipeur", même si c'est très rigolo à "fabriquer".
Pour le prochain, j'ai envie d'un drame politico-romantique sur fond de kung fu wushu.
Vraiment chouette!
Juste un truc : REFAIS LE MELEeeee..... Sans déc la matière première (le Concept) est top! T'as une bonne team! Tu y met un peu plus de temps.. tu chiades un peu plus le tout et tu pourrai bien avoir un TRES TRES Bon court métrage! ;)
Ton conseil n'est pas si incongru : l'idée m'a même traversé l'esprit durant le montage du film. Mais plus j'y réfléchis, plus je me dis que le fait d'avoir été torché en 48h fait partie de l'identité de ce film.
Si on refait tout, le film devientdifférent.
Dans ce cas, plutôt que de refaire celui-là, pourquoi ne pas refaire un nouveau film dans des conditions plus confortables ?
en tout cas la realisation est tres chouette, surtout dans la scene de torture, du super taff!!! bravo!
Bravo les gars , apres avoir visionné les 9 films dispos sur Eyeka votre film est objectivement le meilleur , Olivier d'Artnum
est que vous pourriez nous communiquer les coordonées de Vincent , nous avons un projet de film instit ou il pourrait etre casté (si ca l'interesse)
cordialement
PS: Nous avons aussi raconté nos aventures sur
http://l-affaire-ficus.blogspot.com/
Merci pour vos commentaires ;-)
Merci Tonio, et bon courage pour ta réal !
Olivier, si Vincent ne t'a pas encore contacté, envoie moi un mail à gilz99 AT free.fr
Pilou, merci pour ta critique laudative. Par contre, à la réflexion, je ne sui spas chaud pour refaire ce court de "façon plus classique" comme tu le suggères.
Comme je m'en expliquais avec Yann, si on réécrit tout, on retourne le tout en prenant le temps alors on se retrouve avec un film différent dans les mains.
Dans ces conditions, pourquoi ne pas tourner directement un nouveau court métrage en prenant le temps, plutôt que de refaire ce qui existe déjà ?
;-)
P.S. Pilou : je découvre ton blog, qui est super intéressant !
Franchemment les z'enfants, C'est sssavourrreuuuux!
J'en ai pris plein les "papilles rétiniennes"!
Et au quatrième visionnage, je soutiens mordicus à qui veut l'entendre que le film a toujours un fichu arriere gout de reviens-y...
J'attend avec impatience la version director cut. Je suis vraiment curieux de voir comment les acteurs sauront me scotcher encore plus au fond de mon siège...
Dites, je me demande comment le père Londez a su rester aussi Ekolopathe face à une Célia Pilastre aussi désarmante?
(dites lui que les dents ça va dans le bac organique, l'émail c'est produit par le corps humain ) ;)
ET que la Schutss soit avec vous au festival!
Merci à toi Grand Chambellan de la spatule !
Vincent Londez a su rester horrible de bout en bout face à une Célia Pilastre qui suait sang et larmes. Saluons le grand professionalisme de nos deux acteurs fétiches ;-)
Pour les dents et le bac organique, nous ferons passer le messager à l'intéressé.
A bientôt !
Loin de moi l'idée de vous déféquer une horloge contoise pour si peu. Mais... Vous avez oublié la majuscule au radieux ustensile!!! Mais passons, vous n'êtes pas initié Mr Guerraz, c'est donc pardonnable.
De bout en bout!? C'est sur ça? Même entre 3:42 et 3:51?? Quand il va s'assoir pour se donner une contenance avant de recapituler. Noooon, c'était prévu et calculé pour laisser un faux espoir expres!? Si c'est le cas c'est MACHIAVELIQUE! Mais j'espère pouvoir causer de tout cela avec les interressés un jour prochain, si toutefois c'est possible bien entendu...
Je voulais également dire à l'acteur, Vincent me semble-t-il, qu'il a un p'tit air de Malcom McDowell ( Orange Mécanique ) et que ca, c'est übercool.
Grand Chambellan de la Spatule, le dénommé Vincent Londez est aussi MACHIAVELIQUE que tu le supposes, étant donné qu'il s'est effectivement relvé pour torturer Célia après s'être assis pour faire doucement la leçon.
Délices de l'improvisation, rien n'était écrit, Vincent arpentait la salle de torture, se calmait, explosait, et bouclait tant qu'il n'avait pas entendu "Coupez !".
Amaury, ce qui est drôle avec Vincent Londez, c'est 50% des personnes qu'ils croisent lui disent qu'il est le sosie de Jean-Paul Rouve. L'autre motié l'associe à Malcolm Mc Dowell.
Moi je trouve qu'il ressemble beaucoup à... Vincent Londez ;-)